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Le grand marché de la dépression !

Je lis ce soir dans le QDM : dépression, la HAS recommande une utilisation à meilleur escient des antidépresseurs. Bravo la HAS, c’est un bon début !

Mais dites-moi vénérable HAS, qu’est-ce qu’une dépression ? En réalité la dépression est une entité médicale qui n’a jamais obtenu de définition satisfaisante. Le mot même « dépression » appartient au lexique de notre époque. Dans le passé, bien d’autres vocables ont qualifié ces états de tristesse aussi vieux que la condition humaine : mélancolie, neurasthénie, spleen. Ce que nous appelons dépression est une construction historique qui a débuté vers le milieu du 19ème siècle avec l’ancrage du terme dans le langage médical, pour désigner des états sévères tels que mélancolies et « dépressions vitales ».

Notre époque a fait du concept mal fondé de la dépression un principe de causalité inépuisable pour expliquer les plaintes de nos patients. La lecture du fameux manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux DSM (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders), communément intitulée DSM-V, donne une idée des concepts véhiculés aujourd’hui par la psychiatrie moderne. Quand la révision du DSM-IV, en 1994, ajoute la tendance des femmes à être d’humeur triste avant leurs règles aux troubles dépressifs, sous le nom de « syndrome dysphorique prémenstruel » des millions d’entre elles deviennent dépressives.

C’est seulement au milieu du XXe siècle qu’apparaissent les antidépresseurs. Leur découverte est le fruit du hasard. C’est l’iproniazide, en 1951, qui inaugure la série d’une longue liste de substances chimiques qui recevront le nom d’antidépresseurs. L’iproniazide fut d’abord testés et mis sur le marché comme traitement de la tuberculose. Dans les premiers mois de leur utilisation comme antituberculeux, des effets secondaires altérant le psychisme furent notés : l’iproniazide rendait les tuberculeux joyeux. La mythologie de la découverte fait état de tuberculeux dansant dans les sanatoriums alors qu’ils avaient des trous dans leurs poumons. L’imipramine, sort en 1957 chef de file d’une nouvelle famille d’antidépresseurs, les tricycliques, il aura une descendance prolifique avec de nombreuses molécules dérivées.

Depuis l’introduction des IRS, le nombre de dépressions par million d’habitants a été multiplié par mille !

L’offre des médicaments antidépresseurs restera limitée à ces deux familles de médicaments jusqu’à l’apparition en 1990 de la classe des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine (IRS). Ces nouvelles molécules moins dangereuses et dont les effets secondaires sont beaucoup moins marqués que leurs ainées ont contribué à développer de manière exponentielle le marché des antidépresseurs. Avant l’introduction des IRS, on parlait de 100 cas de dépression par million d’individus. Depuis qu’ils sont disponibles sur le marché les estimations vont de 50 000 à 100 000 par million. Entre 1976 et 1996 en France, on a diagnostiqué sept fois plus de dépression qu’auparavant non pas parce qu’il y a sept fois plus d’individus déprimés mais parce qu’on a élargi les critères de diagnostic permettant d’inclure sept fois plus de personnes comme déprimés. Ce qui frappe, c’est l’extrême fragilité du discours scientifique qu’on découvre derrière cette extraordinaire diffusion. Une méta-analyse de 2008 confirme que les essais cliniques ne montrent qu’une supériorité faible des antidépresseurs par rapport au placebo. Et lorsque les essais non publiés sont pris en compte, les bénéfices des antidépresseurs n’atteignent même plus le seuil d’une efficacité statistiquement significative.

Pour Luc Périno, penseur de la médecine, les antidépresseurs sont ne sont pas seulement inefficaces, ils sont dangereux : « Les antidépresseurs sont des médicaments inutiles ou dangereux dans le traitement de la grande majorité des dépressions majeures et mineures. […] Ils ont pour particularité d’aggraver les dépressions, de provoquer des addictions, d’aggraver les troubles bipolaires et de majorer le taux de suicide, particulièrement chez les adolescents. Les antidépresseurs ont été découverts, il y a un demi-siècle, et dans les pays où ils sont utilisés, le taux de suicide a augmenté de 60%. »

La dépression est une création historique, elle soutient le marché du médicament ; elle fait jouer le marketing plus que le discours scientifique. La France, autrefois leader européen de la consommation en antidépresseur se trouve reléguée à la quinzième place selon le rapport de l’OCDE sur la santé publiée le 21 novembre 2013. L’Hexagone se situe même sous la moyenne des 23 pays du classement, ex aequo avec l’Allemagne ! Même si la consommation n’a cessé d’augmenter, mais moins vite que dans les autres pays.

Curieuse époque que la nôtre ! Nous faisons de nos états d’âme des objets médicaux et nous les traitons médicalement.

Laurent Vercoustre

29 Commentaires

  1. Pour la première partie de votre article concernant l’efficacité ou non des antidépresseurs, on peut éventuellement faire une classification simplifiée des dépressions : les dépressions chroniques et les dépressions réactionnelles.
    Les dépressifs chroniques ne guérissent jamais, ils subissent des phases d’amélioration suivies de rechutes, et leur cas doit être suivi par un psychiatre.
    Pour les dépressions réactionnelles, le pronostic est bon, mais les patients ont besoin d’aide quand ils sont au fond du trou, pour éviter le suicide. Grosso modo cette aide repose sur l’arrêt de travail, la discussion (ou la psychothérapie) et l’antidépresseur. Je sais pas si l’antidépresseur est efficace ou non, mais c’est une béquille bien utile à laquelle le patient croit.

    Dans l’autre partie de votre article, vous poser clairement la question : »pourquoi avons nous une explosion du nombre de dépressions? ».
    Parmi les multiples facteurs dus à l’évolution de notre société, en voici un qui n’est jamais cité. Par le passé, le mode de vie faisait que nous étions naturellement plus endurcis : nous allions à l’école à pied même sous la pluie ou par grand froid, depuis le plus jeune âge; nous faisions une partie des courses à la place de nos parents; nous participions aux tâches ménagères; etc, etc.
    Il ne s’agit surtout pas de dire que c’était mieux avant ou que les générations actuelles n’en bavent pas assez. Nous avons juste eu la chance que le mode de vie nous endurcissent imperceptiblement.

    • Merci pour votre réaction. les générations antérieures étaient sans doute plus endurcies et se posaient moins la question du bonheur. Un homme du XVIIe siècle était beaucoup plus préoccupé de son salut que de son bonheur sur la terre !

  2. Et comme par hasard, cette maladie explose en meme temps que la malbouffe s’impose. L’humain oublie ce que la nature avait prévu pour lui comme alimentation, à l’origine, comme pour tous les autres primates. Et son microbiote, ses neurotransmetteurs souffrent, dysfonctionnent. Couplé aux antibiotiques en exces, aux vaccins etc, nos maladie de « civilisation » ont de beaux jours devant elles et les industries agro-alimentaires et pharmaceutiques aussi.

    • J’approuve totalement ce parallèle entre la mal bouffe et la dépression.Car les réponses que notre médecine propose aux conséquences de la mal bouffe, réponses essentiellement techniques, je pense à la chirurgie baryatrique, sont aussi désastreuses que celle des antidépresseurs. j’ai d’ailleurs en vie d’en faire un prochain billet!

  3. Bravo pour votre article courageux que j’ai particulièrement apprécié en ma qualité de psychiatre clinicien. Quelques remarques complémentaires me semblent utiles.

    Alors que, presque toujours les entités psychiatriques sont désignées comme des troubles et présentées au pluriel (« les états-limites » ou « les troubles du spectre autistique »), « la dépression » est toujours présentée au singulier et comme une « maladie » que l’entourage doit comprendre. Les critères de diagnostic des échelles d’évaluation, présentés comme des données objectives, sont tous des signes subjectifs dont l’authenticité ne peut jamais être infirmée. Les taux de succès des traitements médicamenteux sont faibles sans qu’aucune molécule ait réellement démontré sa supériorité par rapport à une autre. Une molécule est considérée comme efficace quand le score du patient est divisé par deux même si le résultat terminal le situe encore dans la pathologie. La multiplicité des mécanismes d’action des molécules présentées comme antidépressives exclut l’existence d’un mécanisme neurobiologique spécifique à l’origine du trouble.
    Le propre d’un traitement réellement efficace est, au mieux de faire disparaitre l’affection qu’il soigne (par exemple la fin de la variole) ou, quand cela n’est pas possible d’en limiter les conséquences sanitaires et sociales. Les antibiotiques ont vidé les sanatoriums et transformé les pronostic de la syphillis. Or, le taux d’invalidité pour dépression ne cesse de croitre sur un mode parallèle à la courbe de diffusion des antidépresseurs. Généralement, il est dit que les généralistes ne savent pas prescrire et que la dépression reste sous-estimée. Si tel était le cas, cela signifierait que les universitaires de psychiatrie ne remplissent pas leur rôle, ce qui est pour le moins douteux.
    Il a longtemps été dit que les antidépresseurs guérissaient dans tous les cas. C’est pourquoi, quand le patient n’est pas guéri, le médicament n’est jamais mis en cause mais le patient qui présente une « dépression chimiorésistante ». Quand, passé l’euphorie des début du traitement, le patient revient à son état antérieur, ce ne saurait être un échec thérapeutique mais la preuve qu’il est « bipolaire », d’où nécessité traitement à vie. Il serait utile qu’une fois pour toutes soit établi le coût social de ces approximations dont l’effet pathogène est aujourd’hui patent.
    Enfin, il ne semble pas exact qu’il soit possible de diagnostiquer « la dépression » par l’imagerie cérébrale. Un sujet d’expérience à qui il est demandé de penser volontairement à des idées tristes présente des images proches des personnes déprimées. De toutes manières, il existe une nette différence clinique entre la personne anxieuse qui s’accroche à tous les membres de son entourage pour raconter ses malheurs et celle inhibée, incapable de formuler une parole, figée et totalement insensible à l’environnement.

    • Beaucoup d’approximations et d’erreur dans ce message… lorsque l’antidepresseur ne fonctionne pas on ne dit pas que la dépression est chimioresistante, de toute évidence vous n’avez jamais mis les pieds dans un service spécialisé en pathologie résistante. Déjà la définition de la résistance c’est l’échec de 2 antidépresseurs de classe différente utilisé à dose efficace (= monté jusqu’au maximum de la tolérance clinique) pendant une durée suffisante (= 4-6 semaines). Il faut s’assurer aussi qu’il n’y a pas de trouble de la metabolisation (= faire des dosages plasmatiques), ce qui permet aussi d’ailleurs de vérifier l’observance. Il est nécessaire de rechercher toute les causes organique de résistance (carences en folates notamment puisque précurseur de la sérotonine, mais aussi toute les causes organique de dépression = inflammation, thyroïde, cancer, etc.). Une fois qu’on a fait ça, et que le patient reste objectivement déprimé malgré antidépresseurs + psychothérapie alors on peut parler de résistance. Et dans ce cas on passe aux stratégies de potentialisation ou à la neurostimulation. Et ça marche. Des cas comme ça c’est ultra fréquent.
      Pour parler d’imagerie et de dépression il y a des modifications structurales (et pas uniquement fonctionnelles) qui permettent aux algorithmes récent de classifier correctement les patients. Et d’autres études EEG permettent une classification correct dans 98% des cas entre groupe déprimé vs groupe contrôle (et on ne demande pas au groupe contrôle de penser à des choses triste, et les groupes sont comparable en matière de facteur confondant pouvant interférer avec l’EEG, etc.). Si vous vous mettez pas à jour aussi… entre le gynéco qui connaît rien au sujet et le psychiatre qui a pas actualisé ses connaissances depuis 30 ans, on est pas rendu…

      • Merci pour votre réaction. Mais d’autres ont dit (qui ne sont pas gynéco) : « La théorie selon laquelle la dépression serait causée par un déficit de sérotonine vaut à peu près celle de la folie que provoquerait la masturbation. » David Haley, discours à l’Institut de psychiatrie de Londres (2002).
        Arvid Carlsson, le père de « l’hypothèse sérotonine »de la dépression est revenu sur ses positions initiales. En 2002 lors d’une conférence à Montréal, il déclarait en effet : « nous devons abandonner l’hypothèse simpliste « selon laquelle un trouble émotionnel serait le résultat d’une activité » anormalement haute ou anormalement basse d’un neurotransmetteur donné ». » CINP Meeting with the Nobels, Montréal, Canada, 25 juin 2002 : Speaker’s Note—Dr Arvid Carlsso », Collegium-NeuroPsychopharmacologicum Newsletter (mars 2003).

  4. A mon avis vous avez globalement raison. Le Professeur Allen FRANCES qui dirigeait les travaux du DSM en a démissionné avant sa publication en raison de l’irrespect des critères scientifiques de sa mise au point. Passons mais ce n’est pas sans rapport avec ce qui suit. La pharmacie mondiale a intérêt à la consommation (il faut donc l’outil démultiplicateur DSM) et une grande partie de la population plébiscite la passion triste de l’ignorance sur son mental plutôt que de relever les défis de la liberté de penser et de la responsabilité à soi même au devant des autres. Deux aspects qui n’empêchent pas la dépression réelle mais permet de la combattre avec esprit et humanité.

    • Merci pour votre réponse « une grande partie de la population plébiscite la passion triste de l’ignorance sur son mental plutôt que de relever les défis de la liberté de penser et de la responsabilité à soi même au devant des autres ».Magnifique phrase!
      Oui la dépression est réelle, je n’ai pas contesté « le fait dépression », elle fait partie de la condition humaine, c’est sa médicalisation que je conteste, et sans doute la lecture de Sénèque serait plus profitable à certains que la prise d’antidépresseurs.

  5. Perplexe. Je reste perplexe devant tant d’ignorance de ce qu’est une dépression…et pourquoi pas esssayer le gros rouge, en plus.
    Soit c’est du second degré, soit c’est une démonstration brillante de la troisième béatitude.

    • Merci pour votre réponse, je suis, il est vrai, ignorant de la dépression, parce qu’il n’existe pas comme vous dites UNE dépression, mais autant de dépressions qu’il y a de déprimés, la crise d’appendicite est UNE, ce qui est en jeu dans la dépression c’est chaque individu dans son irréductible singularité.
      Pourquoi ne pas essayer le vin rouge. C’est ce que proposait dans les années 1890, Adolphus Bridger, médecin londonien, auteur réputé de livre de médecine. Il conseillait à ses patients souffrant de tension nerveuse ( on en parlait pas de dépression) et de mélancolie de boire du porto et du brandy. « le vin blanc coupé d’une égale quantité d’eau chasse l’anxiété et la terreur » ( Hippocrate Aphorisme ( IVe siècle aav. JC).

      • Merci de votre réponse, mais relisez mon post. Je ne prétends pas qu’il n’existe qu’un type de dépression, mais seulement que votre discours montre que vous en ignorez la prégnante réalité.
        De plus, il est toujours plus convainquant dans ce genre de « démonstration » chiffrée de citer ses sources, car leur absence décrédibilise grandement des déclarations qui ressemblent alors à s’y méprendre à un simple parti-pris, surtout quand elles n’émanent pas d’un expert en la matière.

        • Je ne suis pas expert, c’est vrai, mais il est toujours suspect de s’abriter derrière son statut d’expert pour défendre une opinion.Ni le nombre (de ceux qui pensent la même chose), ni l’autorité d’une institution (HAS), ni la tradition ne suffisent pour fonder la vérité. Mais vous avez raison j’aurais dû citer mes sources. Les voici:
          D’abord les méta analyses qui ne montrent pas d’effets bénéfiques des antidépresseurs :
          – Johanna Moncrieff et Irvin Kirsch, « Efficacity of antidepressants in adults » British Medical Journal, 331, n°7509, (2005) :155.
          – Pigott HE, Leventhal AM, Alter GS, Boren JJ. Efficacy and effectiveness of antidepressants: current status of research. Psychother Psychosom. 2010; 79(5):267-79. doi: 10.1159/000318293. Epub 2010 Jul 9.
          Références sur la multiplication par 1000 des diagnostics de dépression :
          Healy, let Them Eat Prozac, 20. Voir aussi Mc Henry, Ethical Issues in Pharmacology », Journal of Medical Ethics, 32 (2006) : 405-410.
          Les statistiques de l’OMS montrent que le taux de suicides a cru de 60% au cours des quarante-cinq dernières années. (www.who.int.).
          « Dans cent cinquante ans, si nous regardons en arrière, nous considérerons les antidépresseurs comme une dangereuse et sinistre expérience » Joseph Glenmullen psychiatre américain d’Havard, Prozac Backlash (2010).

  6. Psychaitre de puis 1974 et maintenant a la retraite, j’ai participé etant en milieu universitaire a bien des essais cliniques sur les psychotropes: les populations de malades hospitalisés dit chroniques- l’hopital alors pouvait les garder des mois- pouvaient servir a plusieurs essais successifs,seul l’antidepresseur ( ou le neuroleptique) changeait. La population témoin etait celle pour laquelle l’ anti depresseur precedant avait fonctionné.Inutile de vous dire que seules les publications, sponsorisées avec un resultat positif etaient publiées.. c’est de cela dont parle notre blogueur; tous les essais non satisfaisants autant pour les sponsors que pour les auteurs. Qui publie un traitement innefficace?? il part aux oubliettes

    • Merci pour votre prompte rèponse et surtout pour la communication de vos sources.
      Je voudrais en conclusion, aprés l’observation de milliers de nos frères humains, citer ce vers de Musset, qui résume, je crois, l’expérience d’une vie :  » L’homme est un apprenti, la douleur est son maître,
      Et nul ne se connaît tant qu’il n’a pas souffert »

  7. Les avancées des neurosciences contredisent totalement vos propos malheureusement. Il est actuellement possible de faire le diagnostic d’une dépression à l’aide de données passives (collectées en tâches de fond, donc sur des critères objectifs). Une intelligence artificielle limitée (machine learning) est capable de différencier le cerveau d’un patient déprimé d’un patient contrôle avec plus de 90% de précision (en IRM fonctionnel). Avec un EEG elle est pas loin de 98%. Des éléments génétiques sont tres probablement impliqués (mutation du gene du transporteur de la sérotonine, trouble de la methylation, etc.) dans les formes resistantes. Expliquer comme vous le faites que la dépression n’existe pas ou est rare (ce que vous faites globalement en expliquant que les « vrais » taux seraient de 100 pour 1 million) est aberrant. La dépression sera la 1ere cause de morbi-mortalité d’ici 2030. C’est déjà la 1ere cause de mortalité medicale chez les 15-35 ans (le suicide est 1er devant les AVP chez les 25-35 ans, 2eme entre 15 et 25 ans). Vos propos sont irresponsables et c’est globalement à cause de bêtise comme celles que vous dites (« la dépression c’est inventé par les vendeur de médicaments alors qu’il suffit de faire un peu de sport et de boire un coup de rouge pour aller mieux ») que les patients sont mal soignés, que 50% des patients qui devraient être sous antidépresseurs n’en ont pas alors que 50% de ceux qui en ont ne devraient pas en avoir. Concernant leur efficacité, elle est clairement démontré en cas de dépression sévère (effet très supérieur à la psychothérapie et très très supérieur au placebo). Lorsque le black box warning est sorti (2004-2007) le taux de prescription d’antidépresseur à chuté chez les adolescents et jeunes adultes… Les courbes sont claires, à mesure que le taux de prescription diminuait, le taux de tentative de suicide et de suicide augmentait (quasi symétrique).
    Bref, les antidépresseurs faut apprendre à les prescrire mais surtout faut essayer de comprendre le réel fleau qu’est la dépression plutôt que la banaliser.

    • Merci pour cette réponse très documentée. Je suis seulement un peu terrifié  » qu’une intelligence artificielle limitée » puisse lire dans notre cerveau mes états d’âmes. Je sais que j’ai réveillé avec mon billet une opposition farouche, sans doute aussi vieille que la psychiatrie, entre les partisans du tout neurobiologique et ceux qui rapportent nos souffrances psychiques à des difficultés relationnelles.
      Un petit exemple cher docteur : je viens de me faire voler mon portefeuille dans lequel j’avais tous mes papiers, y compris ma carte bleue. je suis pris de panique, mon coeur s’accélère, ce dont attesterait un électrocardiogramme, une IRM faite au même moment montrerait des signes spécifiques d’angoisse et de dépression. A cet instant, dois-je prendre un bétabloquant et un antidépresseur ou bien aller faire opposition sur ma carte bleue?

      • De toute évidence vous ne comprenez pas comment se pose un diagnostic en psychiatrie et c’est bien dommage car c’est à cause de raccourcis comme le votre que le grand publique reste confus sur la question.

        Pour ce qui est d’assimiler les troubles psychiatriques à des « souffrances psychiques » imputables « à des difficultés relationnelles » de toute évidence vous n’avez jamais vu un patient atteint d’une dépression sévère, ni un patient bipolaire en phase up. Pour revenir sur le diagnostic et sur votre comparaison (qui tombe à côté de la plaque par méconnaissance de toute évidence) avec la carte bleu volée, jamais une imagerie ou un EEG ne pourront montrer des signes objectifs de dépression comme vous me le rétorquez. Une accélération du rythme cardiaque certainement, de même que les mains moites et la gorge serrée… Des signes de stress aigu en somme qui effectivement s’apaiseront en réglant le problème. Si malheureusement à la suite de se vol vous développez une insomnie, une perte d’appétit, que progressivement vous n’avez plus gout à rien et que tourne en boucle dans votre tête que vous avez été idiot, que cela prend de telles proportions que vous envisagez même le suicide… et que cet état dure. Confondre « état d’âme » avec maladie c’est bien la le problème.

        • La dépression maladie existe, c’est « le coup de tonnerre dans le ciel bleu de la dépression mélancolique », je me souviens d’un psychiatre qui disait que la dépression mélancolique donnait des leçons à l’enfer! Cette forme de dépression, vous avez raison, n’est pas assimilable à un état d’âme. Il reste que l’erreur de la psychiatrie moderne est peut-être d’avoir branché nos états d’âme sur cette dépression maladie, ce dont atteste la multiplication par mille des traitements antidépresseurs.C’est cela que je pointais dans mon billet, mais le style billet impose d’être un peu schématique voire provocateur.Merci d’avoir modéré mes excès!

    • j’ai été psychiatre pendant près de 40 ans.
      je ne doute pas de l’utilité des anti dépresseurs dans certains cas de dépression « maladie ».
      malheureusement pour des raisons commerciales les anti dépresseurs sont maintenant prescrits dans des indications très élargies et cela pas pour le bien des patients.
      je partage à cent pour cent l’idée que si on me vole ma carte bleue oui j’aurai une accélération du rythme cardiaque et que le traitement utile c’est bien l’opposition auprès de ma banque et pas un traitement de tachycardie

  8. Les médicaments qui ne marchent pas sont rejetés par les patients. Si il y a bien une classe de médicaments à laquelle je crois, c’est bien celle des antidépresseurs. Mais il est vrai qu’ils sont souvent surprescrits dans certains cas et sous prescrits dans d’autres.

    • Merci d’avoir exprimé votre opinion. J’ai longtemps prescrit des antidépresseurs avec beaucoup de conviction. Et si j’avais lu, il y a 10 ans, un article comme celui que j’ai écrit aujourd’hui un article, j’aurais été scandalisé voire excédé par de tels propos!

  9. On peut être partiellement du même avis que celui du dr Vrecoustre. Mais il est difficile, en tout cas pour moi, de cautionner  » l’extrême fragilité de son propre discours scientifique « :
    Comment explique-t-il l’effet placebo chez les tuberculeux joyeux?
    Comment s’est-il procuré les études non publiées?
    Pourquoi prendre en exemple les troubles bipolaires pour lesquels l’usage des antidépresseurs est l’exception?
    Puisqu’il a accès à des études non puliées, peut-il nous dire si tous les suicidés étaient sous antidépresseurs?
    Baptiser Luc Périno  » penseur de la médecine » n’engage que lui. Et pourtant, j’apprécie cet auteur.
    Alors, ce blog a servi à quoi? À prouver que l’on peut dire n’importe quoi avec une légèreté scientifique égale à celle des lobbyistes pharmaceutiques qu’on accuse.
    Je ne dis pas que vous avez tort, laurent Vercoustre. Je dis que vos propos sont trop fragiles pour conduire à une réflexion.
    Très cordialement

    • Grand merci pour avoir modéré mes propos. le sujet est en effet sérieux. Le style du BLOG a certaines contraintes, il ne permet pas de longs développements, il invite, c’est vrai, dans un style un peu à l’emporte pièce, le lecteur à réfléchir; « Mes propos fragiles » ont eu néanmoins le mérite de susciter votre réflexion. Il reste pourtant à expliquer pourquoi le nombre de cas de dépression a été multiplié par mille.Cela mérite en effet une réflexion sérieuse dans un autre cadre que celui d’un BLOG.

  10. Prise de conscience d’autant plus précieuse qu’elle est rare! Ne pas oublier que, dans notre pays, les rapports sur l’usage des psychotropes en général et des antidépresseurs en particulier montrent que les médecins généralistes les prescrivent en masse (rapport Zarifian, 1996; rapport Bégaud Verdoux, 2006, etc.). Le Que sais-je? sur la dépression, paru en 2016, fait le point sur la question : http://www.puf.com/Que_sais-je:La_depression

  11. Excellente analyse qui recherche les causes de l »épidémie » actuelle de dépression et non , comme la majorité de nos confrères qui ne regardent que les conséquences. En modifiant les critères d’inclusion, les labos ont des patients captifs bien rémunérateurs. La même remarque est valable pour les hypertendus ou autres hypercholestérolémiques( modérés), avec en sus, une guérison possible avec de l’activité physique et une alimentation saine (peut-être aussi valable pour la déprime moderne). Enfin, il ne faut pas négliger que les populations européennes sont certainement génétiquement prédisposées à la dépression ( en particulier saisonnière), que nous traitions à l’alcool et maintenant aux antidépresseurs.

    • Merci pour votre réaction. Vous parlez des hypercholestérolémies, le scandale planétaire des hypocholestéroliémiants et en particulier des statines est encore plus ahurissant que celui des antidépresseurs.Je pense qu’un petit coup de rouge ( nous fabriquons de si bons vins) vaut largement un antidépresseur d’autant que c’est en partie à cause de notre consommation de vin que notre taux d’infarctus est moins élevé que dans certains pays ( Lorgeril parle d’exception française, et attribue cet effet à la présence de polyphénols dans le vin ). A consommer bien sûr avec modération.

    • Très belle remarque au sujet du cholestérol et de l’HTA. Pour mémoire la NYHA avait établi (dans les années 90) qu’une tension artérielle normale ne devait pas dépasser 13/8,5 . Cela permettait de doubler le nombre d’hypertendus… Les généralistes des pays européens avaient raisonnablement conservé la norme de 14/9.
      Entièrement d’accord pour l’alcool, qui de plus à 1 effet désinhibiteur permettant au patient de s’exprimer facilement.
      Ne pas oublier que « la pause café » au travail permet de renforcer des liens et de parler des problèmes du travail. Idem pour « la pause bistrot » pour certains.

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