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Le livre de Martin Hirsch

Le livre de Martin Hirsch

Le 2 novembre dernier, s’affichait dans les bacs de nos libraires, le dernier livre de Martin Hirsch : « L’hôpital à cœur ouvert ». Sur la couverture, la photo de l’auteur arborant un sourire satisfait. Peut-on partager sa satisfaction ?

Le livre heurte dans son principe.
Il y a quelque chose d’un peu impudique de promouvoir ainsi son image en usant de son statut de haut fonctionnaire de l’État. Cette position invite généralement à la discrétion. Il est vrai que d’autres l’ont précédé dans cet exercice : Rose-Marie Van Lerberghe qui avait occupé à la même fonction. Mais elle avait publié son livre après avoir démissionné de son poste de Directrice de l’Assistance publique. Jean de Kervasoué, ancien directeur des hôpitaux, dans son livre L’hôpital vu du lit, nous donnait sa vision sa vision de l’hôpital public, longtemps après avoir quitté son poste de Directeur des hôpitaux.

Ce qu’il dit déçoit.
Les ouvrages de Rose-Marie Van Lerberghe et de Jean de Kervasoué enrichissaient le débat sur l’hôpital public par une analyse critique sans concession. Martin Hirsch verse dans l’apologie de l’Assistance Publique. Il exalte ses grandeurs, sa dimension, l’AP-HP est l’une des plus grandes structures hospitalières au monde (faut-il se féliciter de ce gigantisme), ses prouesses technologiques, la réactivité et la solidarité des praticiens si admirables à l’heure du drame du Bataclan. L’évocation de ce drame rassasiera sans nul la curiosité morbide du lecteur. On attendait de ce livre une réflexion profonde, il surfe sur le sensationnel.
« L’argent et la santé font mauvais ménage », c’est le titre d’un chapitre du livre, il témoigne de la faiblesse conceptuelle globale de l’ouvrage. Le chapitre manque une vraie réflexion sur les rapports entre la santé et l’économie. Retenons toutefois cette réflexion pertinente à propos des BIG DATA : « Il y a un fort contraste entre la sophistication d’une médecine fondée sur le croisement de milliards de données et la simplicité biblique des fondamentaux de la santé, une bonne alimentation, pas de tabac, peu d’alcool, suffisamment d’exercice sportif… »

Ce qu’il ne dit pas choque.
Il n’y a pas si longtemps passait à la télévision une émission intitulée « au ventre de l’hôpital » qui provoqué un choc dans l’opinion. Elle montrait que l’hôpital n’avait ce cœur dont Martin Hirsch fait son titre mais un ventre qui broie, qui digère ceux qui sont à son service. De l’ombre sinistre et menaçante qui plane aujourd’hui au-dessus de l’institution, je veux dire de La souffrance au travail, du taux de suicide plus élevé que dans nulle autre organisation humaine, Hirsch ne parle pas. Il disserte dans un des derniers chapitres du besoin de reconnaissance inhérent à la nature humaine qui, pour lui, est la principale cause de la souffrance à l’hôpital. Il édulcore ainsi la spécificité du drame de l’hôpital en faisant de ce besoin de reconnaissance une généralité. Dans ce chapitre Hirsch cite tout de même Hegel et ses réflexions sur la reconnaissance. Mais il omet de nous parler de la dialectique de Hegel sur la relation maître-esclave. La dialectique du maître et de l’esclave achève la pensée de Hegel sur la reconnaissance en y faisant une large part à la violence.
C’est bien regrettable qu’un haut commis de l’État, sortant de son obligation de réserve, pèse ainsi sur le débat démocratique par un discours fait dans le prêt-à-penser, dans le juste-vrai-pour-tous.

Laurent Vercoustre

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