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Johnny : le chagrin des papy boomers

Johnny est mort ! Ce qui est chiant avec Johnny, c’est qu’on on ne sait pas quelle contenance prendre. Avec d’Ormesson c’est plus facile : c’était un académicien, un esprit brillant, il avait 92 ans. il a fait son temps. Hommage, Respect.

Mais pour Johnny, c‘est plus compliqué. On a envie de faire l’esprit fort, ce n’était qu’un chanteur populaire, on glose sur sa longévité, comment a-t-il pu tenir aussi longtemps…On pense à Laurent Gera qui se moquait effrontément de lui… tout en l’admirant sincèrement.

Pourtant on ne peut pas vraiment se la jouer détachés, nous les papy boomers, arrivés au trois quarts de notre vie. Nous avions vingt ans quand Johnny était déjà célèbre, sa mort agite le spectre de notre propre mort. Soixante-quatorze, ce n’est pas si vieux. Alors on se rassure, il buvait, il fumait beaucoup, il touchait à la drogue…

On a beau se dire tout ça, merde, ça nous fait quelque chose…Pourquoi donc cet indicible malaise ? Johnny c’est cet inoxydable rescapé des yéyés des années 60. Ah les années 60, les Trente Glorieuses, où l’on démissionnait de son emploi pour en retrouver un autre le lendemain. C’était le temps de la croissance où nos usines crachaient au ciel leur fumée sans penser au lendemain de notre planète.

C’était le temps où les bagnoles ne ressemblaient pas toutes, et où on pouvait voir au même carrefour, une DS, une floride et une coccinelle. C’était le temps où on n’enlevait pas sa ceinture et ses chaussures avant de prendre l’avion. C’était avant que les twins-towers se dressent dans le ciel de Manhattan pour s’écrouler un 11 septembre.

C’était le temps de Gaulle, le temps où nous avions des hommes politiques dignes de ce nom, et pas comme aujourd’hui des Trump capable à chaque instant d’allumer le feu.

C’était le temps de l’insouciance de l’Occident…Et la voix incomparable de Johnny continuait à faire vibrer au fond de nous, les papy boomers, ce temps béni.

Cette voix si dense, cette voix venue d’ailleurs, qui nous accompagnait sur une route de vacances, sous un soleil d’été, cette voix qui déchirait la nuit le temps d’un slow pour dire, à notre place, à la fille que tenions dans nos bras « que je t’aime », cette voix s’est éteinte

Johnny est mort, on s’y attendait, mais cette fois il est parti pour de bon, emportant avec lui ce morceau de notre âge tendre qui nous tenait chaud au cœur, alors c’est con —non, vous les jeunes ne vous moquez pas— mais on a ne peut s’empêcher, dans un petit coin, bien à l’abri des regards, de laisser échapper un sanglot, nous les papy boomers.

Laurent Vercoustre

13 Commentaires

  1. Bonjour Laurent,
    Je n’ai jamais été trop fan de Johnny.
    Mon beau-père a le même âge que Johnny à quelques jours près. Je lui ai fait découvrir en concert Neil Young, les Who, Bruce Springsteen, le vrai blues. Lui m’a emmené voir Johnny il y a deux ans. J’ai fini debout à chanter comme tout le Zénith de Caen…
    Hier, de retour du CNGOF à Lille en voiture, pendants 5 heures non stop, j’ai écouté la retransmission de la cérémonie.
    Et là je me suis dit : chapeau l’artiste, une telle ferveur populaire ! Je pense qu’on doit le respect à Johnny autant pour ce qu’il était en vrai que pour sa capacité à rassembler autant de fans en France. C’était un ciment dans notre France fracturée.
    Alors je dis, malgré ses frasques, ses excès, son côté pas trop « Télérama » : RESPECT.

  2. je n’étais pas un fan de Johnny, j’aimais bien certaines de ses chansons et la bête de scène, à défaut de l’homme des excés en tout genre.Voilà pourquoi j’ai été trés étonné d’être aussi touché par sa disparition, pourtant prévue.C’est parce que mes jeunes années d’adulte sont remontées, et là, c’est un peu de ma vie qui est partie..Bravo à Laurent Vercoustre pour son billet sincère

  3. Quel bel hommage !Ça fait se dresser les poils sur les bras !
    merci pour nous,merci pour LUI !

  4. L’ artiste est extraordinaire, mais l’ homme qui boit, se drogue, fume, triche avec le fisc, se dit français mais essaie de devenir suisse, puis belge, vit dans un paradis fiscal……..est-il un exemple à admirer?

  5. Bel hommage, que l’on ne peut que partager…sans doute aussi admiration pour le Johnny rebelle, nous qui avons souvent été tellement « conformes » dans notre monde médical : Johnny un autre Dr House la gentillesse en plus…

    • je suis comme toutes ses personnes des années 50/60 une très grande peine
      j’ai la boule dans la gorge

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