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Le Pr Raphaël Pitti, un homme d’honneur.

Le QDM du 14 décembre nous informait que « le Pr Raphaël Pitti, chef du service de réanimation à la polyclinique de Gentilly (Nancy) et médecin humanitaire (…), s’apprêtait à écrire au Président Macron pour rendre sa légion d’honneur et protester contre l’accueil que réserve l’État aux exilés, qu’il juge à l’opposé des valeurs humanitaires qu’il défend, et pour lesquels il a été honoré ».
La tournure que prend notre politique à l’égard des exilés a en effet a de quoi inquiéter. Le 8 décembre, une vingtaine d’associations caritatives ont claqué la porte d’une réunion avec Gérard Collomb (Intérieur) et Jacques Mézard (Territoires). Les deux ministres présentaient une circulaire qu’ils avaient cosignée. En résumé, cette circulaire autorise les autorités à vérifier la situation administrative des personnes hébergées en urgence. Elle prévoit de permettre à des équipes mobiles de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii) de vérifier l’identité des personnes bénéficiaires d’une place en centre d’hébergement d’urgence, afin de faire sortir les sans-papiers du dispositif.
Les assos ont refusé de collaborer avec Collomb. Dans un communiqué, Médecins du Monde rappelle que « l’accueil inconditionnel de toute personne en situation de détresse présente sur le territoire est un principe socle du code de l’action sociale et des familles » et que « les services de police ne peuvent intervenir dans les centres d’hébergement en dehors de l’application d’une décision de justice ».
Cette mesure va à l’encontre des droits de l’homme, elle alimente le mythe utilisé par l’extrême-droite, selon laquelle le réfugié est un privilégié par rapport au sans-domicile fixe. Elle vient bafouer la neutralité à laquelle s’engage un bénévole, un salarié du monde associatif, c’est à dire venir en aide à quiconque se retrouve dans le besoin, peu importe ses origines et croyances et opinions politiques. 
Par ailleurs l’Assemblée nationale, à majorité LREM, a approuvé il y a une semaine, la proposition de loi permettant de placer en rétention les migrants « dublinés » c’est-à-dire qui devraient se trouver non pas en France mais dans le premier pays européen où ils sont arrivés (ou ont laissé leurs empreintes ou toute autre trace).

En dépit des nombreuses condamnations de la cours européenne que le gouvernement précédent a déjà encourues, celui-ci passe à la vitesse supérieure. On déplore avec ce gouvernement un renforcement du délit de solidarité. Dès sa nomination au ministère de l’Intérieur, Gérard Collomb avait donné le ton. Il exhortait les associations présentes dans l’ancienne « jungle » de Calais « à aller exercer leurs talents ailleurs ». Depuis les associations dénoncent régulièrement des  « chasses à l’homme » et du « harcèlement policier » contre les migrants, à Calais et à Paris où les migrants se voient régulièrement confisquer duvets et abris de fortune.

Où allons-nous ? Ce qui inquiète dans toutes ces mesures c’est qu’elles installent progressivement dans notre pays un état de non-droit aux valeurs de la République. État de non-droit propre à embraser les pires dérives inspirées par la haine raciale. Cette politique migratoire a pour seul effet de pervertir notre société mettant en péril ses fondements mêmes.

Alors hommage au Professeur Kitti qui incarne la France dans laquelle je me reconnais, la France berceau des droits de l’homme et dont la tradition historique est celle d’être une terre d’accueil.

Laurent Vercoustre

6 Commentaires

  1. Personnellement, j’ai bien cette citation de Michel Rocard « La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde. » Quand les politiques gèrent le problème de l’immigration de façon soft, certains contestent, et quand on devient très énergique sur le sujet, ce sont d’autres qui contestent. Ou est le juste milieu?

  2. Pas beaucoup de commentaires pour votre plaidoyer pro-migrant, moins que pour l’idole des des vieux papy boomers. Si à titre personnel, votre choix d’accueillir un étranger vous honore, la politique nationale se doit de protéger une communauté de destin et de culture

    • Merci pour votre réaction. je respecte votre opinion mais je serais enclin à penser qu’aucune vraie culture n’a pour principe le rejet de l’autre ni que aucun grand destin personnel ou national ne se soit accompli dans le repli sur soi.

      • Il ne s’agit pas d’un repli sur soi mais de défendre des valeurs (chrétiennes, des lumières et républicaines) qui ont fait la grandeur de la France devant des gens, souvent hostiles qui ne respectent pas les nôtres si chèrement acquises. La France n’est pas un vulgaire hôtel, elle a une tradition d’accueil pour ceux qui en acceptent les règles ( je suis bien placé pour le savoir étant petit-fils et ar petit-fils d’immigrés européens à qui la République a donné leur chance)

        • Il y a des paradoxes incompréhensibles dans vos propos. J’avais été étonné par votre nom qui n’est pas dans le registre des Durant ou Dupont. Vous me donnez la réponse en révélant vos origines d’Europe central. La France a donc été pour vous une terre d’accueil et vous lui en êtes reconnaissant. Pourquoi d’autres n’auraient pas droit au même accueil.

          Plus étonnant encore, vous voyez dans le refus d’hospitalité une manière de défendre les valeurs chrétiennes.

          Or la parabole du bon samaritain met est l’exemple même du secours d’autrui même s’il n’a pas les mêmes valeurs religieuses.Elle met en scène un voyageur, attaqué et laissé pour mort par des bandits.
          Un cohen (prêtre) et un lévite, tous deux juifs, incarnant l’orthodoxie religieuse de l’époque, passent à côté de lui et ne s’en préoccupent pas. Or un Samaritain, représentant d’une population que les Juifs tiennent pour impie, se montre capable de compassion envers l’inconnu grièvement blessé qui n’est pas de sa religion. Ce Samaritain donnera de son temps et de son argent pour lui sauver la vie.

          Quant aux Lumières, l’un de ses plus éminents philosophes a fait de l’égale dignité des êtres humains le fondement même de sa moral (voire l’Introduction à la métaphysique des mœurs).

          Enfin votre vision des migrants est assez surprenante. Je les connais, je les héberge. Après un parcours migratoire où ils ont connu la torture en Lybie (l’un d’eux est resté 6 mois dans l’obscurité), des situations où pistolet sur la tempe, les geôliers libyens téléphonent à leur famille pour extorquer une rançon, ils ont vécu le naufrage en Méditerrané où ils ont vu leurs compatriotes se noyer sous leur yeux, vision qui les torturent jour et nuit. Or ces jeunes, je les connais, ils nous donnent une leçon de vue par leur extrême courtoisie, leur prévenance, leur ardeur à travailler, leur profonde gentillesse ; ces jeunes sont d’ailleurs très prisés par les patrons qui apprécient leur ponctualité et leur ardeur au travail. Alors pourquoi ne pas leur réserver le même accueil que celui qu’on vous a offert.

          Enfin nous sommes l’un des pays de l’Union européenne qui accueille le moins, juste dernière nous l’Autriche et la Bulgarie. N’oubliez pas non plus que contrairement à l’idée répandue certain économistes tout à fait respectables voient dans ces migrant un facteur de croissance.

          Le discours de la droite et de l’extrême droite jouent sur la peur et la faiblesse humaine, il exalte le sentiment d’appartenance chez ceux qui ne n’ont que cette appartenance pour compenser la désillusion de leur propre vie, tel le supporteur de football qui vit sa vie par procuration à travers les exploits de son équipe, jusqu’à en venir à la violence contre les supporteurs de l’autre équipe, simplement parce qu’ils ne soutiennent pas le même maillot.

  3. Bonsoir,mes frère et sœur,boat-people en provenance du Vietnam,ainsi que d’Autres connaissances toutes boat-people,ont été accueillis par la France. Ces personnes ont pu faire des études (ingénieurs,médecins,pharmaciens,etc…). Merci pour la France.
    Les temps ont bien changé mais je ne désespère pas…

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