D’un côté les maladies psychiques, de l’autre les maladies somatiques. Notre médecine était fondée sur ce partage. Nous concevions notre cerveau siège de nos pensées, de notre vie affective et relationnelle comme un organe indépendant. Protégé par la barrière hémato-encéphalique il était considéré comme un sanctuaire impénétrable. Enfin on pensait que c’était lui et lui seul qui fabriquait ses maladies.
Et voilà que surgit, tel un véritable séisme au cœur de la psychiatrie traditionnelle, un tout autre discours abolissant radicalement ce partage. Ce discours a un nom c’est la psychonutrition. Notre vie psychique n’est pas autonome, elle est intimement liée à notre alimentation. Formidable renversement, qui fait de l’alimentation un facteur causale de certaines pathologies psychiatriques. Renversement qui va promouvoir notre appareil digestif au rang de deuxième cerveau. Renversement qui fait de notre microbiote un acteur de premier plan dans le fonctionnement de notre cerveau.
Un homme se signale comme le principal moteur du développement de la psychonutrition en France. Cet homme c’est Guillaume Fond. C’est lui qui a forgé le mot. Il n’a pas découvert la psychonutrition. Le concept existait bien avant lui. Dès les années 1990 des études avaient montré l’efficacité des oméga 3 dans la dépression. Mais il a pris conscience de l’avenir prometteur de ce nouveau concept dès l’année 2010 à la lecture d’une première grande étude australienne sur alimentation et santé mentale.
Psychiatre et médecin de santé publique à l’hôpital La Conception à Marseille ainsi qu’enseignant-chercheur à l’Université d’Aix-Marseille, il a un double doctorat en psychiatrie et en neurosciences. Il est l’auteur d’une demi-douzaine de livres et a publiée 450 articles scientifiques internationaux. Il compte parmi les 5 meilleurs experts français de la dépression selon le site Expertscape®.
Sa stature dans les média a une envergure considérable. Il anime une chaine YouTube et un compte Instagram éponymes. Sur internet ses interviews par des journalistes de tous bords ne se comptent plus. Il anime deux sites internet. L’un d’eux intitulé « découvrir l’essentiel » met à disposition gratuitement un e-book qui réalise la synthèse des connaissances sur la psychonutrition. Ce site rapporte également. les témoignages de quelques 900 patients qui ont connu une transformation d’eux même vers un bien être grâce au traitement confectionné par Guillaume Fond. Le second site intitulé « Le probiotique « concerne la commercialisation du traitement. Ce traitement propose deux types de gélules. Dans l’une sont réunis les neuf compléments alimentaires et dans l’autre les huit souches probiotiques. Ces formes galéniques qui rassemblent en une seule gélule les compléments alimentaires et les probiotiques considérés comme essentiel à notre santé par Guillaume Fond réalise une véritable prouesse tant elle simplifie la prise du traitement.
On voit que Guillaume Fond, couvre tout le champ de la psychonutrition, depuis sa forme la plus intellectuelle avec la recherche jusqu’à sa réalisation la plus concrète avec la commercialisation des compléments alimentaires. Son rayonnement dans l’espace médiatique a eu pour conséquence de faire sortir la psychonutrition du cercle académique pour l’inscrire dans le débat public et médical. Il a conféré à celle-ci une respectabilité médicale au regard des psychiatres parfois méfiants et critiques à son égard. Son message, tant dans ses livres que dans ses interviews qui articule rigueur scientifique et discours pédagogique lui a permis de conquérir une large audience publique.
La psychonutrition a modifié la vérité psychiatrique. Elle réalise en effet glissement majeur du psychisme vers le métabolique. La souffrance mentale devient l’expression d’un désordre métabolique. Des études animales montrent que le transfert de microbiote de patients dépressifs à des souris induit chez elles des comportements dépressifs. La psychonutrition ne juge plus l’âme, elle administre le vivant.
Elle a radicalement transformé la relation entre un médecin qui imposait ses prescriptions à un patient a priori soumis. Le patient est maintenant maitre de son traitement qui repose sur la modification de son alimentation. et de son mode de vie Il devient responsable de son écosystème. Cette nouvelle relation de pouvoir entre le médecin et le patient, s’inscrit dans une forme de pouvoir que Foucault a nommé la gouvernementalité libérale. Celle-ci ne vise jamais les individus par une intervention contraignante. Elle fabrique des modes de dépendance qui valorisent et favorisent le sujet. Le sujet de la gouvernementalité libérale se définit par son aptitude à se laisser influencer par un pouvoir qui lui suggère des conduites d’adaptation. Il détermine de ce fait le sujet à se constituer, selon l’expression forte de Foucault, « en entrepreneur de lui-même ». Le discours de Guillaume Fond s’inscrit pleinement dans une gouvernementalité libérale : il ne contraint pas, il ne stigmatise pas, il ne culpabilise pas, il invite à mieux faire. La psychonutrition représente néanmoins une extension douce du regard médical.
Guillaume Fond n’est ni un fondateur, ni un idéologue, ni un simple vulgarisateur. Il ne s’engage pas dans une critique globale de la psychiatrie. Il déplace les lignes sans les renverser. Il contribue à la biologisation du psychisme, son discours d’une intransigeante rigueur scientifique est ancré dans la médecine fondée sur les preuves. Il n’impose pas de conduites alternatives, il ne disqualifie pas la pharmacologie, il reconnait la complémentarité des psychotropes. Au total Guillaume Fond prône la médicalisation des conduites alimentaires sans brutalité, sans messianisme, sans intention de rupture.