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Reste à charge zéro : qui paiera ?

D’abord combien ça coûtera ?

Combien va coûter ce reste à charge (RAC) zéro, ou « cent pour cent santé », comme préfère le nommer Agnès Buzyn ? Là-dessus on est très surpris par ce qu’on lit ici ou là. On nous dit en effet que ce coût représente ce que les français payent de leur poche pour les prothèses dentaires et auditives et les lunettes, soit 4,4 milliards d’euros. Pourtant si j’ai bien compris, l’objectif du « cent pour cent santé » n’est pas seulement d’annuler le reste à charge des citoyens qui payent ces prothèses ; il s’adresse aussi et peut être avant tout à ceux qui renoncent à ces prothèses faute de moyens.
Ainsi la Fédération française de l’assurance (FFA) table à grands traits sur 850 millions d’euros supplémentaires à débourser (600 millions en dentaire, 250 millions en audioprothèses), sans prendre en compte l’augmentation du recours aux soins. Or ce recours aux soins concerne 4,7 millions de Français qui sacrifieraient les soins prothétiques dentaires et 2,1 millions les appareils auditifs. 
Sur le coût total du « cent pour cent santé », les pouvoirs publics font l’autruche. C’est ce qu’affirme Christophe Triquet, directeur de l’assurance Meilleurtaux.com. : “Personne ne sait vraiment quel sera le coût de cette réforme”.

Qui payera ?

Le chef de l’État, impose trois conditions à la réforme : elle doit être indolore pour les assurés (c’est-à-dire sans majoration des primes d’assurances), n’entrainer aucune dérive des comptes de l’assurance maladie, enfin exclure d’éventuelles solutions low-cost. En un mot, cette réforme doit proposer des produits de qualité sans rien coûter aux assurés.

Comment l’État compte-t-il s’y prendre ?

La « Sécu » et les mutuelles sont mises à contribution.

L’accord avec les opticiens prévoit une hausse du financement de la Sécurité sociale passant de 270 à 340 millions d’euros. Ainsi les tarifs des offres « CMU-C » seront alignés sur les offres « RAC 0″. Avec l’optique, on part d’une situation où le remboursement de la sécu était quasi inexistant : 1,70 euro (60 % d’un tarif de base fixé à 2,84 euros), pour la monture alors qu’elle est facturée en moyenne 140 euros chez les opticiens. Entre 1,37 euro et 14,70 euros pour les verres. Avec le panier RAC zéro pour un verre unifocal, sphère de 0 à -2D, au prix limite de vente de 32,5 euros, le tarif de base de la Sécurité sociale sera désormais de 9,75 euros TTC. La Sécurité sociale prendra en charge 60%, soit 5,85 euros TTC au 1er janvier 2020. Pour les verres de classe A, la part AMO dans le remboursement total s’élève donc à 18%. Les 82% restants seront pris en charge par les complémentaires santé.

Pour le dentaire, les prothèses (couronnes, en céramique destinées aux dents « de devant » incisives, canines, premières prémolaires, couronnes en métal pour les molaires, moins visibles) coûteront sur cinq ans : 717 millions à la « Sécu » et 505 millions aux complémentaires santé.
Il faut ajouter à la facture de ces deux payeurs 800 millions d’euros sur cinq ans qui correspond à la revalorisation des soins de bases bloqués depuis 25 ans.
Pour l’audioprothèse, la « Sécu » doublera progressivement le montant de sa prise en charge, aujourd’hui très faible (la Sécurité sociale ne rembourse aujourd’hui que 8 % du prix) : de 200 euros en 2018, il passera à 400 en 2021, soit un investissement évalué à 100 millions d’euros. Les complémentaires santé augmenteront également leur participation de façon significative, pour un montant évalué à 200 millions d’euros.
 Emmanuel Macron a été ferme : la mise à contribution des mutuelles ne doit pas s’accompagner d’une hausse des cotisations, pas question de reprendre d’une main ce qu’on a donné de l’autres. Pour y parvenir, il compte sur la diminution des tarifs en optique et la mise en concurrence des assurances et des mutuelles.

Une diminution des tarifs de l’optique

Il est vrai que nos tarifs dans le domaine de l’optique se situent dans la moyenne haute européenne (570 euros pour des lunettes progressives versus 280 euros Outre-Manche).  Par ailleurs, on compte sur la restructuration de la filière de distribution en optique (70% du prix d’une paire de lunettes revient au système de distribution). Avec 34 000 opticiens, la France compte en effet 53 professionnels pour 100 000 habitants, contre 26 en Allemagne ou même 10 au Royaume-Uni, selon la Mutualité Française. Celle-ci estime qu’une baisse de tarifs des fabricants associée à une baisse des tarifs des distributeurs de 15% permettraient d’économiser 2,7 milliards d’euros.

La mise en concurrence des mutuelles

Deuxième levier, la mise en concurrence des mutuelles. « En éclairant les Français sur le montant des remboursements prévu dans leur contrat, on met en concurrence les mutuelles et les assurances, assure Olivier Véran. A terme, on fera ainsi tomber le reste à charge des ménages. » Or cette mise en concurrence des mutuelles est plus qu’aléatoire. Thierry Beaudet, président de la FNMF objecte que « la concurrence dans le domaine de la santé  n’est pas la garantie de faire baisser les prix ». Il ajoute que « pour la plupart des gens, la meilleure mutuelle est celle qui rembourse le plus. Ainsi pour gagner des parts de marché, certains organismes complémentaires ont donc augmenté le nombre des garanties comprises dans leurs offres, ce qui a entraîné une inflation des cotisations ces dernières années. »

Il faut bien reconnaître aussi que cette réforme tombe dans un contexte très défavorable pour les mutuelles. Le dernier rapport de la DREES indique que les assurances, et les mutuelles encore plus, arrivent tout juste à l’équilibre. Alors qu’on déplore une augmentation ininterrompue des cotisations. L’UFC-Que Choisir a dénoncé « l’explosion des cotisations des complémentaires santé ces dix dernières années, pointant une dérive des frais de gestion et une concurrence affaiblie par le manque de lisibilité des offres ». Selon une enquête de l’association, les cotisations versées par les assurés sont passées de « 468 euros par personne et par an en moyenne en 2006 à 688 euros en 2017 », soit une inflation de 47 %, contre 14 % pour l’économie en général.

Dans une note publiée en mai, avant les ultimes arbitrages, le cabinet de conseil en ressources humaines Mercer France considérait que le projet du gouvernement allait conduire à une « transformation du reste à charge en cotisations ». Il pronostiquait une hausse des cotisations pour les entreprises de 5,6 % à 8,9 % pour les contrats entrée de gamme et de 1,6 % pour les contrats haut de gamme. « C’est avec un ou deux ans de recul qu’on verra qui payera la facture » avertit Christophe Triquet que j’ai cité plus haut. Notons enfin que ces paniers de soins ne résolvent pas la question des difficultés d’accès aux professionnels prescripteurs.

Changeons maintenant de focale. Regardons les choses de plus loin. Le financement du « cent pour cent santé » nous laisse sur l’impression que personne, en réalité, n’est capable ni d’évaluer ni d’assumer son coût. Son financement repose sur des équations complexes qui donnent lieu à des spéculations hasardeuses. « C’est une réforme globale du financement dont le système a besoin » proclame l’économiste de santé Frédéric Bizard. C’est en effet la structure même de notre système qui nous conduit de façon récurrente à une sorte de déni de la réalité. Car il repose sur une dualité de payeurs, l’Assurance maladie d’une part, les complémentaires d’autre part. Et de l’un à l’autre, on se renvoie la balle. Notre pays a pour singularité ce double système assurantiel public et privé : 98% de notre population fait appel à une couverture assurantielle complémentaire privée. Si bien que notre couverture par les assurances complémentaires est le plus étendue au monde. Par ailleurs cette réforme va renforcer le rôle des mutuelles dans le financement des soins. Il s’agit là d’une dangereuse dérive. Car seul un payeur unique peut garantir l’égalité aux soins.

Laurent Vercoustre

15 Commentaires

  1. Le panier de soin qui doit être remboursé à 100% pour que chaque enfant puisse bénéficier des ressources que leurs parents seraient tentés d’utiliser ailleurs qu’à leur santé , doit être défini et limité au risque réel constaté.
    On doit donc définir ce panier en fonction des possibilités de remboursement fixé raisonnablement autour de 20% du budget global d’une communauté .
    Oui des dents blanches sont possibles et les professionnels normalement rémunérés pour les fabriquer et les poser . Il faut non pas se baser sur le coût actuel hors remboursement mais celui qui serait si tous les assurés commandaient ces soins avec les économies d’echelle obtenus
    Ceci serait une nouveauté
    Non pas rembourser sur un tarif d’autorité aberrant représentant un coût d’il y a 30 ans … mais celui qui serait s’il était divisé par l’ensemble des malades !

  2. Cher Laurent VERCOUSTRE,
    vous estimez que l’impasse financière et sociale de notre système de solvabilisation du soin (laissons le soin lui-même aux professionnels que nous sommes) repose sur une dualité de payeurs, l’Assurance maladie « publique » d’une part, les complémentaires « privées » d’autre part;
    pour ma part, je considère que le moteur de ce trou noir économique et financier tourne sur la double aberration de la collectivisation de la ressource financière couplée au déclenchement de son effet individuel « en aval du sinistre » à couvrir;
    l’intervention d’un agent financier « complémentaire » « hétérogène » n’est pas le vrai problème;
    C’est le niveau d’intervention de la solidarité collective « publique » qui a été calamiteusement placé en premier recours du premier ou petit risque alors que la puissance financière de l’Etat aurait dû être réservée en deuxième recours « complémentaire » pour le risque lourd;
    Certes, ce premier recours « public-solidaire » pour le « petit » risque a permis aux exploitants politiques d’user et abuser du lustre « providentiel » d’un Etat qu’aucune initiative privée ne pourra jamais prétendre concurrencer;
    Et la collectivisation de la ressource aura permis d’entretenir pendant 70 ans l’illusion d’un eldorado sanitaire individuel illimité: la fameuse demande illimitée que Michel Foucault opposa très tôt à la limite de l’offre tant financière que technique, et désormais en effectifs avec l’avancée du désert .
    Attendrons nous la faillite du mammouth pour commencer à réfléchir à l’endroit ?
    que dites vous de ma proposition en réponse à notre confrère KRON ?

    • Merci pour cette riche contribution. J’ai relevé avec bonheur la fameuse sentence de Foucault : une offre finie face à une demande infinie. Eh oui car c’est là la vrai question. Foucault nous a montré la structure aporétique du problème du financement de la santé. Nous sommes devant une demande infinie parce qu’aujourd’hui la santé n’est plus normée, ce qui veut dire qu’il n’est plus possible de fixer un seuil à partir duquel les besoins en santé sont satisfaits. Je consacre de nombreux passage à ce problème dans mon dernier livre…Je ne peux ici développer les réflexions que m’ont inspirées Foucault. Il faudrait introduire un autre concept pour éclairer la discussion, celui du biopouvoir mais ce sera beaucoup trop long.
      J’avais pensé à un billet dans le prolongement de ce celui-ci , il se serait intitulé  » une demande infinie face à une offre finie… à voir…

      • Puisqu’une offre finie ne saurait répondre qu’à une demande finie, finissons la demande, c’est à dire limitons-la;
        et le seul moyen de limiter la demande est de lui donner un périmètre individuel, puisque chaque vie humaine reste et restera limitée, tant en temps qu’en moyens techniques ou financiers;
        la grande erreur – à moins qu’il s’agisse d’une faute éthique qui pourrait un jour figurer au registre des crimes contre l’humanité – le « péché originel » diraient les croyants d’occident, c’est d’avoir voulu répondre aux besoins de soin de l’individu par une ressource financière collectivisée, anonymisée, et dépourvue de limites tant financières que conceptuelles;
        les « démocraties » ne deviendront enfin adultes que lorsqu’elles libèreront l’initiative de l’individu jusque dans les moyens de sa responsabilité directe envers lui-même et envers son « prochain », en lui laissant la liberté d’en provisionner le « répondant »;
        Et que les oies blanches et autres hypocrites apôtres de la solidarité soient enfin obligés de reconnaître qu’en abondant le compte socio-sanitaire de mon voisin moins fortuné ou moins bien-portant que moi, je serai tout aussi sinon mieux solidaire envers mon prochain qu’en cotisant à fonds perdus dans une vaste tire-lire collective qui tient plus de la passoire que du réservoir solidaire;
        Bien-sûr, au passage, chacun de nous y perdra en fantasme de recours illimité et d’illusoire sécurité (sociale ? faut voir; mais jamais personnelle) ce qu’il y gagnera en dignité citoyenne, en autonomie économique et en responsabilité financière;
        Voilà devant quoi reculent nos concitoyens aujourd’hui, inconsciemment mais si puissamment que même les politiques et les médiatiques en on irradié leur pensée, leur discours et leurs systèmes et n’ont pu s’en décontaminer .
        Une véritable privatisation ne consiste pas à remettre la ressource entre quelques mains « expertes » aussi anonymes que cupides, mais à redistribuer un par un le bénéfice de l’activité totale d’une communauté à chacun selon ses besoins indexés de son effort de contribution; pas plus !
        Plus, c’est à dire à découvert, n’est pas autorisé à un citoyen sensé gérer son patrimoine « en bon père de famille », sauf à titre temporaire et moyennant intérêt compensatoire;
        Pourquoi un Etat – ou plutôt ses quelques « décideurs » – seraient-il autorisés à déroger à la dignité de cette règle, si ce n’est pour des raisons dont l’indignité se mesure à l’aune de la catastrophe économique d’une dette nationale qui culmine à plus de 2.200 millards d’euros, léguant à chaque citoyen nouveau né une dette individuelle supérieure à 30.000 € en augmentation quotidienne ?
        Promettre à chacun une fourniture illimitée à puiser sur un fonds commun forcément limité relève de l’escroquerie financière et morale, de l’imposture qui fait le fonds de commerce des gouvernants au crédit de l’aveuglement coupable de ses électeurs;
        L’idée de démocratie ne tient que si elle accorde le pouvoir de décision à chacun et non à certains, car après tout, le « peuple » n’est et ne sera jamais composé que d’individus; c’est à chacun qu’il fait rendre la responsabilité que la « représentation » lui a extorquée sous prétexte de l’ « expertise » de quelques heureux « élus » privilégiés;
        Cette comédie démocrasseuse à coûté leur tête aux privilégiés de l’ancien régime pour se rejouer bien vite sous les espèces de l’empire;
        Mais certains Français veulent aujourd’hui reprendre les moyens de leur responsabilité et de leur intelligence citoyenne;
        La privatisation individualisée du compte-épargne-socio-sanitaire est un premier moyen qu’il est désormais éminemment suspect de refuser d’accorder aux courageux novateurs candidats;
        Laissons les « sécurités sociales » et autres léviathans collectivisés à ceux qui préfèrent encore y vautrer la couardise et l’anonymat de leur irresponsabilité personnelle:
        Le développement actuel de l’intelligence artificielle permet aujourd’hui de pluraliser le contrat « social » sous différentes formes irresponsables ou responsables;
        Seule la frayeur devant les résultats anticipés des évaluations comparatives entre différentes cohortes de contrats empêchent encore les « décideurs »de libérer l’initiative économique et contractuelle citoyenne: c’est cela, un régime totalitaire; il refuse d’essayer pour éviter d’avoir à constater son incurie et reconnaître les torts qu’il a faits à ses citoyens pendant trop longtemps;
        Un jour des historiens tiendront le catalogue de ces crimes contre la notion-même d’humanité responsable qui ne saurait décidément se décliner qu’au singulier du un par un .
        Quant à la santé du poisson, elle ne saurait dépasser en qualité et en durée celle de l’eau du bocal dans lequel son propriétaire se plaît à le retenir;
        C’est probablement la frayeur de ce pressentiment qui tient désormais à distance la jeune relève d’un corps soignant qui s’épuise en vain à bourrer ledit poisson d’antibiotiques, anxiolytiques, anti-dépresseurs et autres « remontants »;
        Le désert avance !

  3. Qui sera le dernier pigeon d’un bonneteau politique.Vous avez raison de commencer à réfléchir sur des projets qui partent de bonnes intentions mais qui ne sont pas financés au départ.Le seul risque c’est que le RAC0 soit piloté par les assureurs de soins qui auront à leur botte une réseau de professionnels qui seront obligés d’encadrer leurs patients au moins coutant…

  4. quand nous allons chez le dentiste ou l’opticien , est il à chaque fois utile de prendre des montures « signées » ou des prothèses en céramique? encore une fois la prévention est négligée ! si les frais de consultation en dentisterie et ophtalmo ( comme ailleurs) étaient mieux considérés, il y aurait plus de consultations, donc plus de prévention et moins de frais incompressibles à l’arrivée ! De là à rendre OBLIGATOIRES certaines consultations préventives ???

  5. Nous avons aujourd’hui la couverture du risque santé la plus large du monde(8%), tout en étant de mauvaise qualité comme le démontre la désertification. Vous héritez d’une problématique cruciale de santé publique, creusée par 40 ans de choix politiques affectant prioritairement les ressources à l’Hôpital, au détriment des soignants de proximité.
    Vous avez été trop longtemps à des postes hospitaliers ou administratifs et ne connaissez pas la médecine libérale de la ville ou des campagnes.
    Vos conseillers ont été repris chez les « Kouchner boys » et dans l’ancienne équipe Touraine, ils sont responsables des dérives du passé !
    I) Quel est l’enjeu financier ?
    L’Assurance-maladie gère chaque année un budget de 200Mds€. Elle a laissé ces trois secteurs aux assureurs pour se concentrer sur les pathologies chroniques qui consomment les ¾ du budget.
    Ils augmentent de 5%/an pour financer l’ALD, AME, CMU.
    La situation actuelle : Dix euros de remboursements sur des verres de lunettes facturés 300 à 500 euros CHAQUE et 107 euros sur une prothèse dentaire ou un implant facturé de 700 à 1500 euros :
    L’enveloppe annuelle des complémentaires est de 35 Mds€ dont 26 sont consacrés aux remboursements systématique du ticket modérateur alors qu’il s’agit d’une dépense prévisible et sans risque.
    Sur les 15 milliards d’euros annuels de frais d’optique ou dentaires et de dépassements d’honoraires de l’ensemble des soignants elles n’en remboursent que 7 milliards.
    II) Le reste à charge zéro pourrait-il empêcher le renoncement aux soins ?
    On se trompe d’objectif. La France est le seul pays au monde à viser un reste à charge nul sur des soins courants. Cela n’a aucun fondement économique ou social et c’est très coûteux.
    Tout le monde peut se payer des lunettes. La vraie difficulté d’accès aux soins est à la ville et dans les déserts. Il manque pour la ville une somme de 20 milliards d’euros par an : c’est dans le privé ou l’accès aux soins est difficile !
    III) Faut-il réellement un reste à charge zéro ?
    Rembourser à 100% entraine des dépenses inutiles et déresponsabilise les malades qui vont de plus en plus à l’hôpital où les soins coutent en moyenne 40% de plus.
    L’hôpital, fort de son pouvoir d’influence obtient toujours plus des ressources pendant que la médecine de proximité disparaît silencieusement. La part consacrée aux soins de proximité est passée chez nous de 27,2% en 2000 à 22,7% en 2015
    IV) Comment pourrait-on arriver à un reste à charge 0 ?
    Il faudra sacrifier d’autres secteurs ou augmenter les cotisations.
    Des économies sont aussi possibles en réformant tout le système de soins:
    1) Ticket modérateur :
    Le ticket modérateur devrait être laissé partiellement à la charge des patients. Son montant pourrait être abaissé, par exemple à 20 % du tarif de base d’une consultation médicale, contre 30 % aujourd’hui. Les milliards ainsi économisés permettraient aux complémentaires d’assurer le risque véritable :
    2) Hôpital : Une part disproportionnée, des dépenses de santé va à l’Hôpital au détriment des soins de proximités : La part des dépenses communes de santé consacrée à l’hôpital a dépassé 40% et croit régulièrement alors qu’elle est de 29% en Allemagne.
    3) Les soins inutiles, peu utiles ou redondants : plus de 25 % des actes médicaux ne seraient pas considérés comme « pleinement justifiés » examens de laboratoires, cures thermales et certains actes d’exploration ou interventionnels induits en particulier par la T2A ou tarification à l’activité.
    « Scanner d’attente » prises de sang tous les deux jours pour justifier l’hospitalisation d’ une semaine à l’hôpital dans l’attente d’une intervention chirurgicale ou ré hospitalisation après chirurgie ambulatoire. Les EIG (évènements indésirables graves) font parti de ces dépenses évitables.
    V) Ou se trouvent les vraies difficultés d’accès aux soins ?
    En libéral car les jeunes médecins après des études longues et difficiles jugent les conditions d’installation intenables. Seuls 10% d’entre-eux s’installent en libéral ou font des remplacements ou prennent un poste salarié.

    Les médecins généralistes et spécialistes partant en retraite ne sont donc plus remplacés, et leurs cabinets ferment. Chez ceux qui restent les délais de rendez-vous s’allongent et le burn out les menace!

    Cette disparition progressive des soins de proximité touche maintenant les zones urbaines après la ruralité que la télémédecine ou les maisons de santé ne pourraient régler qu’au cas par cas.
    Il faut refonder tout le système en »dégraissant le Mammouth administratif! »
    Dr Bernard Kron

    • Cher confrère, Bravo pour l’analyse de situation;
      quant au « mammouth », les chasseurs-ceuilleurs savent que c’est en petits morceaux qu’on peut en faire la meilleure consommation;
      Puisque vous êtes déjà polarisé sur la responsabilité de l’usager (contrairement à tous les promoteurs d’assistance intégrale et d’Etat-Providence qui s’engraissent sur le dos dudit mammouth-collectivisé), vous apprécierez peut-être la proposition suivante:
      Chaque usager-cotisant constitue auprès d’une compagnie bancassurance privée européenne concurrentielle homologuée de son choix
      un compte-épargne social-sanitaire dont la réserve financière individuelle provisionne les dépenses personnelles de soins curatifs ET préventifs;
      Impossible d’abuser de son propre « pognon »; tout au plus risque-t-on de le de gaspiller en privilégiant le dépannage au dépends de l’entretien du véhicule (l’organisme);
      Il va de soi qu’une solidarité bien comprise impose de faire abonder les comptes les plus modestes et/ou ceux des moins bien-portants par une participation des plus favorisés/mieux-portants selon un algorithme de péréquation annuellement ou trimestriellement redéfini;
      Toute pathologie lourde dont nous connaissons aujourd’hui la liste et les risques devra être prise en charge par une « complémentaire » d’Etat dans le cadre d’une solidarité nationale qui devra définir les limites de son intervention pour ne pas alourdir excessivement la fiscalité commune déjà bien lourde; l’Assurance-Maladie (trop bien nommée) n’aurait jamais dû assumer d’autre objectif que celui-là;
      Vous voyez qu’il suffit d’inverser le dispositif au niveau de plusieurs de ses axes:
      – on opère un abondement solidaire en provisionnant la réserve à usage préventif « en amont du sinistre maladie » au lieu d’ouvrir le bénéfice de la solidarité en aval dudit sinistre sanitaire individuel;
      – on transforme le circuit financier collectivisé en un réseau solidaire de comptes individuels responsables;
      – on confie ce premier front de prévoyance à l’initiative individuelle citoyenne responsable privée et on réserve le « gros risque » et sa solvabilité « complémentaire » à la collectivité: la complémentaire d’Etat en l’occurrence .
      Des mécontents et des inquiets sortiront certainement dans la rue pour hurler à la « privatisation sauvage » de la cagnotte collective, mais comme la redistribution se fera au bénéfice proportionné de chacun, les abuseurs et opportunistes habituels se dénonceront aussi fort que leurs glapissements d’indignation « solidaire »;
      Qu’en pensez-vous ?

      • j’ai lu attentivement tes propositions. Je retiens l’idée de la responsabilité de l’usager qui devra constituer un plan épargne santé auprès de banques privées pour les petits risques et la prévention.
        La responsabilisation de l’individu à l’égard du financement de sa santé est sans doute la clé pour faire évoluer le système de financement.
        Parce qu’elle l’amènera à se sentir responsable de sa santé. Or il est plus que nécessaire de favoriser l’avènement d’un individu responsable de santé. En effet depuis la transition épidémiologique, ce sont les maladies chroniques qui dominent le paysage épidémiologique. Or ces maladies sont essentiellement environnementales et comportementales ( alimentation, activité physique, tabagisme, alcoolisme, pollution), au point qu’aujourd’hui l’homme n’est plus l’objet de la maladie, il en est devenu l’auteur. À sa demande infinie de santé, il est tenu de répondre par un soin infini de lui-même ( Foucault). Il faut noter que les anglais ont déjà inventé le compte santé, le patient bénéficiant d’une certaine somme d’argent dont il peut disposer à sa guise pour sa santé. Aujourd’hui si l’on veut maintenir le principe d’une égalité à la santé, ce n’est pas tant l’égalité d’accès à l’offre de soins qu’il faut viser, mais plutôt la capacité pour tout individu de gérer sa santé, je fais référence ici au concept de capabilité d’Amartya Sen, prix Nobel d’économie.

  6. Faites comme beaucoup, ne cotisez plus à une mutuelle, mettez la prime en placement, vous serez surpris du résultat
    On rappelle que les frais de fonctionnement des mutuelles vous sont évidemment facturées au taux moyen de 20% au moins

    • C’est ce que nous faisons depuis 40 ans sauf pour l’hospitalisation (Maaf) et c’est évident que l’on est gagnant au moins jusqu’à notre âge de 65 ans !

  7. Garantir l’égalité aux soins.
    C’est là un langage de politicien ou de technocrate.
    Nous savons bien que l’égalité aux soins n’est pas possible, et que l’amélioration de la qualité de soins n’est sans doute pas un processus qui doit passer par une autorité centrale régulatrice qui est en même temps chargé de l’équilibre des comptes.
    Nous ne sommes pas obligé de poser le débat selon les termes de la technocratie, la médecine a plusieurs milliers d’années, et survivra, je l’espère, à notre système de santé.
    De toute évidence, cette « réforme » est une manière démagogique de satisfaire tout le monde en ne changeant rien.
    Avons nous encore les moyens de penser en dehors du cadre ?

    • Vous avez parfaitement raison, l’égalité aux soins n’est pas possible. De même que l’amélioration de la qualité des soins ne peut être sous le contrôle « d’une autorité centrale régulatrice »… « Avons nous encore les moyens de penser en dehors du cadre ? » Oui ! A condition de poser le problème selon les termes du philosophe Michel Foucault : « Nous sommes confrontés à un système fini face à une demande infinie « . C’est pourquoi, nous dit Foucault, seul un système libérale où chaque individu est responsable de sa santé est concevable. Il faudrait développer, ce sera peut-être l’occasion d’un prochain billet!

      • C’est l’axe de réflexion de Frédéric Bizard.. Se réfère t-il à Foucault ?!!
        J’ai écrit une note au siège de LREM et je t’enverrai par mail leur réponse bien détaillée.
        Ils ont l’air convaincus et convaincants mais le différentiel est tel que cela sent l’embrouille…

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