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Le temps du plastique

« Le temps du plastique c’est bien plus fantastique, tique, tique » chantait Léo Ferré dans les années 60.  C’est aussi un temps bien plus dramatique !

Le plastique, « un enjeu majeur de santé publique » concluait le rapport parlementaire rendu le mercredi 4 décembre par la mission d’information sur les perturbateurs endocriniens (PE). Rapport élaboré après quelque soixante auditions d’industriel, de chercheurs, de médecins et de responsables d’agences sanitaires. Les rapporteurs alertent sur « le caractère très préoccupant de l’exposition généralisée de la population au perturbateurs endocriniens et sur ses conséquences sur la santé ».

Les PE présents dans les plastiques constituent avec les pesticides l’une des sources d’exposition majeure de la population aux PE. Ces perturbateurs endocriniens altèrent le fonctionnement hormonal. L’implication des PE est suspectée dans un grand nombre de pathologies dont l’incidence est en progression : cancers hormono-dépendants, infertilité, maladie thyroïdienne et malformations urogénitales (hypospadias, cryptorchidies), pubertés précoces.

« Nous sommes littéralement envahis par le plastique et nous ne voyons encore ses nuisances que par le biais des pollutions environnementales, mais il faut avoir conscience qu’il s’agit d’un réel problème de santé publique ! Chacun de nous ingère environ cinq grammes de particules de plastique chaque semaine soit l’équivalent d’une carte bancaire ! » proclamait Michel Vialey député LR des Yvelines et président de la mission d’information.

L’une des recommandations phares de la mission a été de proposer la création d’une autorité européenne sur le sujet afin d’harmoniser les réglementations sur les pesticides et les plastiques. Sont concernés les plastiques en contact avec les produits alimentaires, les dispositifs médicaux et les cosmétiques.

Michel Vialey insiste également sur « la nécessité de renforcer la recherche scientifique sur le sujet car de nombreuses questions restent en suspens, en particulier notre mission recommande de soutenir la recherche sur les nanoplastiques qui peuvent traverser les barrières physiologiques (barrière intestinale, hématoencéphalique, placentaire) et dont nous ne savons pas encore grand-chose. C’est crucial, car avec le temps une part des plastiques que nous avons mis en circulation dans l’environnement se dégrade progressivement jusqu’ à cette forme de nanoparticules. »

Les rapporteurs soulignent que la France demeure pionnière en matière de prévention des risques liés aux PE. En effet, dès 2015, nos autorités sanitaires ont interdit l’utilisation du bisphénol A (BPA) dans les contenants et les ustensiles alimentaires. De récents travaux confirment les risques de cancer du sein associé à l’exposition du BPA qui avait déjà été formulés en 2011.

La mission recommande d’interdire les autres bisphénols qui ont parfois remplacé le BPA sans attendre la multiplication des études scientifiques sur toutes les molécules alternatives de la même famille.

Le péril sanitaire du plastique n’est pas près de s’arrêter. La production mondiale de plastique n’a cessé de croître passant de 2 millions de tonnes en 1950 à 380 millions de tonnes en 2015. Les deux tiers du plastique déjà produit ont été relâchés dans l’environnement… et y restent.

Dans un rapport publié en février 2019, le Center for International Environnemental Law (CIEL) alerte sur l’impact sanitaire du plastique. Dans ce rapport, intitulé « Plastique et santé: le coût caché d’une planète plastique »  le CIEL détaille l’impact global du plastique sur la santé humaine par une analyse précise de chaque étape de son cycle de vie, aussi bien en amont qu’en aval. Le résultat est alarmant : le plastique représente un risque sanitaire à l’échelle mondiale car il a un effet néfaste aussi bien lors de sa fabrication que lors de son utilisation, de son traitement en tant que déchet ou encore de sa dispersion dans l’environnement. Le CIEL invite donc à repenser l’utilisation du plastique en adoptant une approche préventive de réduction à la source pour mettre fin à cette menace sanitaire et environnementale.

Évoquons pour terminer la vision apocalyptique du fameux 6e continent. Au moins 1 800 milliards de déchets plastiques polluent les océans. Au fil des années, ils se sont agglomérés en une monstrueuse masse qui ne cesse de s’étendre en plein Pacifique. Une étude publiée le 22 mars 2018 montre que ce continent flottant s’étale sur une surface équivalente à trois fois celle de la France !

Laurent Vercoustre

3 Commentaires

  1. Votre article résume bien les méfaits du plastique … dans tous ses états et j’ai assisté au dernier congrès de l’AIMSIB à Toulouse où on a parlé du Bisphénol et du Glyphosate et encore pire de ses adjuvants … une horreur .
    Y a t’il une vraie solution ? Je me souviens d’un temps où les « marchandises  » liquides étaient contenues dans de bouteilles en verre recyclées car consignées. Aujourd’hui en France, pas même les bouteilles de bière ne sont consignées à l’instar de ce qui se fait de l’autre côté du Rhin ( pour la plus grande joie de Saint Gobain qui recycle toutes les bouteilles en verre par containers entiers…) et les sacs en plastiques qui sensément sont interdits en magasin sont toujours généreusement utilisés dans le commerce !
    Bon, tout cela ressort d’une démarche personnelle : J’ achète de la Volvic en bonbonnes de 8 litres pour la boisson ( eau du robinet fortement polluée qui qu’on en dise) et je sélectionne autant que possible des aliments en emballage papier, ou cellulose , ce n’est pas facile pour tout.
    Mais j’ai l’impression ( l’illusion…) de participer.
    A la vôtre … avec un bon vin. hips.

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