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Covid-19, décorrélation entre le nombre de cas et le nombre de morts.

Les médias ne cessent de nous annoncer l’imminence d’une deuxième vague. Ils fondent leur prévision sur l’augmentation des cas confirmés. Cette augmentation a en effet de quoi inquiéter. Elle avait débuté début juillet et n’a cessé de progresser. Depuis le début août la croissance est quasi exponentielle : 4771 cas le 20 août, 7 329 le 28 août, 8975 le 4 septembre.

Retraçons la courbe des décès depuis l’émergence de l’épidémie mi-mars. La courbe se présente comme une cloche avec une montée rapide d’une durée d’un mois, l’acmé de situant en France entre le 8 et le 15 avril avec 1400 morts au quotidien, puis la courbe redescend plus lentement sur deux mois jusqu’à atteindre un taux de décès 100 fois moins important qu’à son niveau le plus élevé.  Dans cette période la courbe des décès est corrélée avec celle des nouveaux cas.

Par ailleurs cette courbe est superposable à celle de tous les pays européens y compris la Suède qui n’a pas été confinée.

Il y a depuis le mois d’août un paradoxe entre la courbe des décès et des admissions en réanimation qui restent à leur plus bas niveau et le nombre de nouveaux cas qui a littéralement explosé. Comment expliquer ce paradoxe ?

Première hypothèse : une mutation du coronavirus SARS-CoV-2 aurait rendu le virus moins virulent. La découverte, à la mi-août, d’une mutation en Malaisie a relancé cette hypothèse, mais elle s’est révélée être une fausse piste : ce nouveau variant était déjà très majoritaire en France dès le mois de mars. Le 24 août, sur l’antenne de France Inter, la chef du service maladies infectieuses à l’hôpital Saint-Antoine à Paris, Karine Lacombe, met en garde :

« L’histoire d’un virus qui serait moins transmissible ou moins grave est une histoire totalement construite, on n’en sait rien pour l’instant. » 

Deuxième hypothèse on teste plus aujourd’hui qu’au début de l’épidémie. La France réservait ses tests aux malades les plus graves. Les formes légères ou asymptomatique passaient inaperçues. Au plus fort de la crise on dépistait 7000 nouveaux cas quotidiens, en testant 20 000 personnes environ par jour. En réalité, il y avait probablement plus de 100 000 cas par jour. À la fin du mois d’août on détectait 5000 cas par jour avec 90 000 tests. Bref plus on teste plus on trouve de cas.

Il reste qu’aujourd’hui on constate pour un même nombre de sujets testés une augmentation des cas. La proportion de personnes positives a sensiblement augmenté, passant d’environ 1 % par semaine en moyenne à la fin juin à plus de 3 % à la fin août. Depuis début Juillet, le nombre de patients dépistés a été multiplié par un peu plus de 2 et le nombre de nouveaux cas par 12. On devrait retrouver cette augmentation dans le chiffre des décès.

Pour Ségolène Aymé, directrice de recherche émérite à l’Inserm la clé de compréhension est simple : Le virus circule principalement chez les plus jeunes, moins vulnérables : « Il n’y a pas à chercher des explications compliquées à ce décalage entre les courbes. Le virus circule sans doute à un niveau élevé, mais la dynamique est aujourd’hui chez les plus jeunes : c’est pour ça qu’il y a relativement peu de cas graves. Les personnes les plus à risques, notamment les plus âgées, se protègent mieux. » À l’occasion des vacances d’été, le virus a circulé chez les moins de 40 ans. Or on sait que dans ces tranches d’âge les formes bégnines et asymptomatiques sont la règle. Cette évolution s’explique donc par la prudence des personnes âgées qui ont pris plus de précaution que les jeunes. On dit alors que le « patron de transmission » a changé[1].

On a donc deux populations, celle des jeunes qui, insouciante, fait circuler le virus, et celle des personnes âgées ou présentant des comorbidités importantes qui ont mis un place une sorte de cordon sanitaire en appliquant rigoureusement les consignes de sécurité : distanciation sociale, port du masque, lavage des mains. Une étude allemande montre que ces trois règles principales de protection contre le SARS-CoV-2 jouent un rôle majeur dans la lutte contre la pandémie de Covid-19. Entre le 1er juin et le 20 août, 13,6 fois plus de personnes sont mortes des suites de l’infection dans les régions où ces trois règles étaient peu respectées en comparaison avec les régions où elles étaient bien respectées, d’après le Pr Jürgen Margraf, qui enseigne à l’université de la Ruhr, à Bochum (Allemagne).[2] « Ces trois règles constituent nos armes principales dans la lutte contre le Covid-19 » insiste-t-il. « Elles ont contribué à maîtriser la pandémie. Si nous continuons à les suivre, nous sauverons encore d’autres vies ».

La situation en France peut inciter à l’optimisme. Le virus, malgré une très forte hausse de la contamination a causé peu de morts grâce à la vigilance des personnes âgées. Par ailleurs, les jeunes en disséminant le virus à tout vent travaillent à l’instauration d’une immunité collective…. A la date du 11 mai, entre 3,3 % et 9,3 % de la population française avait été infectée, selon une estimation de l’Institut Pasteur, avec de grandes disparités régionales. Ce chiffre doit être révisé à la hausse…

Nous saurons dans les jours qui viennent si cette interprétation de la dynamique de l’épidémie se confirme ou si le virus finira par diffuser parmi les catégories de personnes fragiles et âgées entrainant une nouvelle hécatombe. N’oublions pas que plus de 92 % des patients morts du Covid-19 avaient plus de 65 ans. Ces deux dernières semaines la mortalité a stagné (109 mort du Covid en semaine 35 contre 112 en semaine 34), mais dans le même temps le nombre de nouvelles hospitalisations et le nombre de nouvelles admissions en réanimation a augmenté et pour quelques-uns, la réanimation sera l’antichambre de la mort !


[1] Répartition de la circulation du virus dans les différentes catégories d’une population.

[2]Verhaltensmaßnahmen gegen Covid-19 retten Leben, Ruhr-Universität Bochum, 24. August 2020.

Laurent Vercoustre

6 Commentaires

  1. Pas si simple :les mots doivent etre précis :il s’agit dune augmentation de pourcentage ,pas une valeur absolue .Les hospitalisations en réa doivent etre précisées:réa pour covid ,réa en général???,on fait tout dire aux chiffres qd on en tire des conclusions hatives!!!

  2. On ne peut pas assimiler un test positif à un cas Covid19 sans connaître le CT, à savoir la dilution à laquelle se positive le test (infestation massive à 29, inexistante à 40 ; par exemple). Et cela n’est jamais précisé… Il serait intéressant d’avoir le taux d’incidence pour un seuil CT inférieur à 30 par exemple…

  3. Merci Laurent pour ce pointage épidémiologique dont je partage le développement. Amitiés. Jacques

  4. Intéressante question. et arguments instructifs. Mais je reste un peu sur ma faim à propos du taux d’immunité collective que vous esquivez habilement avec un « devrait être réévalué à la hausse ». Pourriez-vous nous en dire un peu plus ? Un ordre de grandeur ? Merci !

  5. Un début de compréhension avec la dernière mise au point de l’INH Marseille qui reste en pointe de la recherche.
    Dommage qu’elle ne soit pas au moins citée…

  6. A noter que les moins de 40 ans constituent 19% des hospitalisations et 12% des admissions en réanimation de juillet à S35 alors que la proportion était respectivement de 8 % et 7% en mars-juin . Ainsi l’augmentation d’incidence chez les moins de 40 ans se traduit aussi, dans une moindre mesure d’une augmentation de formes sévères . A suivre

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