4

Les « rassuristes »

La deuxième vague arrive. Elle arrive « plus vite que nous le redoutions » allerte Le Dr Patrick Bouet, président de l’Ordre national des médecins. Il affirme que si rien ne change, « dans trois à quatre semaines, la France va devoir affronter (…) une épidémie généralisée sur tout son territoire, sans base arrière dans laquelle puiser des renforts humains, avec un système de santé incapable de répondre à toutes les sollicitations » À la voix du Dr Bouet se joint un collectif de sept médecins* qui demandent la mise en place de mesures radicales pour éviter « une deuxième vague » bien plus redoutable que la première. 

Dans le même temps Olivier Véran, inspiré par le conseil scientifique, multiplie les mesures coercitives, fermeture des bars et des restaurants, dans de nombreuses villes de France et en particulier à Marseille où il soulève la fronde des restaurateurs et des élus locaux.

Et si cette deuxième vague ne se produisait tout simplement pas ? C’est ce qu’affirme un autre collectif de médecins et de chercheurs qui ont signé une tribune publiée par le Parisien « Covid 19, nous ne voulons pas être gouvernés par la peur ». De 35 au départ, ils sont passés à 160 signataires. Sur les réseaux sociaux, on les nomme les « rassuristes ». Les plus médiatisés s’appellent Didier Raoult, Christian Perronne, Jean-François Toussaint, Laurent Toubiana.

Pour Laurent Toubiana, docteur en physique et épidémiologiste, l’épidémie est terminée depuis le mois de juin. Si l’on suit le chercheur, on doit admettre que toute épidémie a une histoire naturelle, celle du Corona était de vivre entre mars et mai.  Elle s’est terminée au début de l’été et si deuxième vague il y avait eu, celle-ci aurait dû se produite au moment du déconfinement parce que à ce moment 90% de population n’était pas immunisée. Ce que l’on observe aujourd’hui c’est la queue de l’épidémie avec des cas sporadiques, comme on en voit dans tous autres épidémies, nous affirme Laurent Toubiana. Il fait remarquer aussi que les épidémies modernes le SARS, le MERS, le H1N1 n’ont pas fait de 2e vague. Enfin il nous met en face des chiffres globaux : sur 10 millions d’individus testés, il y a 96% de négatifs et sur les 4% restants, il y a 15% de gens qui ne sont pas malades. Pour Laurent Toubiana, une épidémie avec si peu de malades n’est pas une épidémie.

Pour François Toussaint, Professeur de physiologie à L’Université Paris-Descartes., l’argument principal est l’absence d’augmentation des décès : la létalité a été abaissé de 99% depuis le printemps. Quant au taux d’admission en réanimation, il est vingt fois moins élevé qu’en mars dernier.

François Toussaint affirme par ailleurs que 9/10 de cas que l’on dépiste actuellement ne sont pas contagieux. En effet la plupart des tests en France fixent le Ct à 40 (nombre de cycles d’amplification).  Des tests avec des seuils aussi élevés peuvent ne pas détecter uniquement du virus vivant mais aussi des fragments génétiques, restes de l’infection qui ne sont pas contagieux. Les chiffres avancés par le Professeur Toussaint sont-ils excessifs ? Aux Etats-Unis, le New York Time indique avoir compilé avec des officiels des Etats du Massachussetts, de New York et du Nevada, trois jeux de données qui mentionnent le nombre de cycles. Conclusion ? « Jusqu’à 90 % des personnes testées positives ne portaient presque pas de virus », indique le journal.

Dans leur tribune les « rassuristes » interpellent ainsi les responsables politiques : « Nous ne sommes pas en guerre mais confrontés à une épidémie qui a causé 30 décès le 9 septembre, contre 1438 le 14 avril. La situation n’est donc plus du tout la même qu’il y a 5 mois. » et plus loin « …nous appelons les autorités politiques et sanitaires françaises à cesser d’insuffler la peur à travers une communication anxiogène qui exagère systématiquement les dangers sans en expliquer les causes et les mécanismes. Il ne faut pas confondre la responsabilisation éclairée avec la culpabilisation moralisatrice, ni l’éducation citoyenne avec l’infantilisation. »

Qui croire ? Les alarmistes qui annoncent une seconde vague ou bien les rassuristes qui assurent que l’épidémie est terminée ? Nous le saurons dans les semaines qui viennent…Pourtant cette 2e vague n’est-elle pas déjà là ? Ce n’est pas le tsunami du mois mars, mais si l’on regarde les chiffres de mortalité, ils étaient entre 1 et 30 en juillet août, tandis que depuis la mi-septembre, ils tournent autour de 60 à 80 décès par jour. Si l’on regarde du côté de la réanimation, depuis le 4 octobre, la situation est critique en région parisienne : la part d’occupation des lits en réanimation par les patients Covid se rapproche dangereusement des 35%. Certes la dynamique de l’épidémie en cette rentrée n’est plus du tout la même qu’en février mars. Alors que le nombre de nouveaux cas quotidiens se comptait en centaine de milliers à la veille du confinement, le 17 mars, il est aujourd’hui d’environ 10 000 cas par jour. Le temps de dédoublement de l’épidémie est passée de 3 à 4 jours au moment de la première vague, à plus d’une quinzaine de jours actuellement. Mais rien ne dit qu’il ne pourrait pas s’accélérer.

 Le discours des « rassuristes » sonne agréablement à nos oreilles. Mais il faut rester prudent. Car ils assènent leur vérité sans nuance quitte à ignorer les travaux de recherche internationale qui les contredisent et à interpréter à leur manière les données sanitaires. Il leur manque cette humilité, cette capacité de douter, qualités qui font le véritable homme de science. Car après tout qui peut prévoir les caprices de cette maladie émergeante ?

* Pr Philippe Amouyel, professeur de santé publique et Dr Luc Dauchet, maître de conférences en santé publique et médecin, tous deux au CHU de Lille ; Pr Gilbert Deray, chef du service de néphrologie à la Pitié-Salpêtrière (AP-HP) ; Pr Karine Lacombe, cheffe du service des maladies infectieuses à Saint-Antoine (AP-HP) ; Pr Bruno Megarbane, chef du service réanimation à Lariboisière (AP-HP) ; Dr Jimmy Mohamed, médecin généraliste à Paris et Pr Christine Rouzioux, virologue, membre des Académies de médecine et de pharmacie.p:

Laurent Vercoustre

4 Commentaires

  1. Ils ont bonne mine ces « scientifiques » médiatiques irresponsables qui assuraient qu’il n’y avait pas et qu’il n’y aurai pas de seconde vague alors qu’elle était prévisible déjà il y a deux mois.

  2. C’est curieux de taxer les « rassuristes » de manque d’humilité et en quelque sorte d’aveuglement. Il n’y a pas plus d’humilité chez nos gouvernants et chez les « alarmistes ». Le principe de précaution poussé à la déraison ne fonde pas l’humilité, enfin je ne crois pas, mais cache plutôt d’autres vérités. Nous savons tous que les chiffres sont manipulés dans un sens alarmiste c’est incontestable et dans un sens « rassuriste » c’est probable. Mais oui faisons le monde du tout moral, ou tous les humains feront bien tout comme on leur dit, pourquoi ? ben parce que c’est moral. à votre liste, des vendeurs de faux espoirs il faudra rajouter Blachier qui disait hier qu’il ne comprenait plus les mesures restrictives et que les réanimateurs de Provence lui disaient que tous les chiffres étaient à la baisse depuis déjà plusieurs jours avant même les mesures Veran … la liste des illusionnistes est de plus en plus longue et en même temps il est curieux de nous vendre dans l’autre camp une réalité totalement abstraite sur des modélisations multiples qui ne prennent même pas le recul vis à vis d’elle mêmes…n’est ce pas notre cher Institut Pasteur qui a reconnu que ses modélisations faites jusqu’à fin septembre étaient beaucoup trop alarmantes ? c’est pourtant celles là qui ont motivé notre ministre et aucun retour en arrière n’est même envisagée… Il y a quand même un fait : toutes ces mesures draconiennes mondiales ou presque prises pour un seul virus dont la mortalité est de 0.6 % au maximum ! et cela suffit pour insuffler une crainte, une peur venue tout droit du Moyen Age et des tréfonds de notre déni de mort pour ne s’en remettre qu’à la seule et toute puissante arme vaccinale….ce qui est extrèmement triste n’est finalement pas de mourir mais de mourir aussi pauvre et insipide…..on annonce déjà l’été prochain, un an et demi dans la crainte, de vie sans saveur mais avec l’espoir d’une vie prochaine sans coronavirus et pourquoi pas même sans virus, sans maladie, totalement et complètement aseptisée et sécurisée…ben oui pourquoi pas ! ça tient de la religion un peu quelque part quand même !

  3. Ce qui est stupéfiant c’est l’absence de consensus scientifique
    Au moins sur la qualité des tests
    Sur la corrélation tests positifs malades
    Cette manipulation des chiffres exaspère les patients que je rencontre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec * Pour information, Laurent Vercoustre ne répondra pas aux commentaires anonymes.