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Provax contre antivax (1)

Provax contre antivax ! cette dichotomie annonce et résume tout à la fois la problématique de la vaccination. Il y a donc, à son sujet, des individus qui sont inconditionnellement favorables et d’autres inconditionnellement opposés. Cette attitude d’esprit est nécessairement dogmatique. Elle n’a pas de statut scientifique quelques que soit le camp qui l’exprime, pro ou anti. Bien sûr entre ces deux positions extrêmes, il existe toute une gamme d’opinions moins catégoriques Il reste que c’est bien sur cet horizon de pensée que l’on débat aujourd’hui de la vaccination. Horizon de pensée qui exclut implicitement tout discours scientifique. Pour le philosophe Karl Popper, la réfutabilité est un critère pour caractériser une science. Selon Popper, une science doit être réfutable. Une théorie scientifique doit être suffisamment peu totalitaire pour accepter d’être contredite. Or, je l‘ai dit, les provax comme les antivax fondent leur point de vue sur un dogme et le dictionnaire définit un dogme « comme une doctrine établie comme une vérité incontestable ».

Tachons de décrire la part d’irrationnel qui alimente les dogmes des pro et des antivax. L’archétype du provax pourrait se dessiner ainsi. Le provax a un profond respect pour la science, science et progrès de la médecine sont indissociables. Et la vaccination représente pour lui le triomphe de la médecine scientifique. On peut mettre à son compte des millions de vies sauvées. Le provax ne manquera pas de donner en exemple la variole. Grâce à la vaccination, cette redoutable maladie qui, depuis des temps immémoriaux a fait tant de victimes, a été déclarée éradiquée par l’OMS en 1980. On sait qu’il faut tempérer cette vision trop simpliste. Certes la variole a été vaincue grâce à des campagnes de vaccination massives mises en place par l’OMS.  Mais il ne faut pas oublier que la stratégie de surveillance et d’endiguement, mise en œuvre à partir de 1957, ont eu un rôle majeur dans l’éradication de cette maladie. Cette stratégie a été possible parce que la variole a ceci de spécifique qu’elle s’exprime dès qu’elle contamine un individu, il n’y a pas de porteur sain dans cette maladie. Pour le provax, la vaccination est un domaine sanctuarisé où toute critique est perçue comme un blasphème. Et d’ailleurs pour lui l’endiguement fait partie des histoires falsifiées de l’éradication de la variole.

Le personnage de Pasteur, père de la vaccination, confère une caution inaltérable au crédo du provax. Dans la galerie de nos grands hommes, Pasteur est un monument. Il n’est pas une de nos villes qui n’aient donné son nom à un de ses boulevards. Pasteur, par son génie et sa probité, incarne le savant dans sa pureté et sa grandeur. On peut repérer dans l’inconscient collectif une sorte de sanctification du personnage.

Du côté des antivax, la situation est plus complexe. Dès l’aube de la vaccination, des opposants se sont faits entendre. La variolisation a été introduite en Angleterre par Lady Mary Wortley, femme de l’ambassadeur britannique dans l’empire Ottoman. C’est à l’occasion de son séjour à Constantinople qu’elle découvrit la méthode. On inoculait de bras à bras la lymphe d’un sujet présentant une variole modérée. En mars 1718, elle fait inoculer son fils avec succès.

De retour à Londres où sévissait une épidémie de variole, la technique fut utilisée avec de bons résultats. Elle fut d’abord expérimentée sur des prisonniers. Mais très rapidement les controverses sont légion en Grande-Bretagne. Les partisans de l’inoculation n’ont alors à opposer à leurs adversaires que des statistiques assez vagues. Les camps pour et contre luttent tous deux avec leurs armes idéologiques, plus politiques et morales que scientifiques. En France la variolisation fut interdite. 

Puis vint Jenner et la vaccine. En dépit de son efficacité il ne faut pas croire que la diffusion de sa technique fut un long fleuve tranquille. La méthode est rejetée par une grande partie de la population. Des rumeurs se propagent : les vaccinés se transformeraient en vache. La vache, devient symbole des antivax. La plus connue de ces caricatures montre une vache qui mange des enfants et rejette leur corps sans vie. Certains antivax brandissent la hantise de la minotaurisassions : transformation en minotaure, monstre mi-homme, mi- taureau de la race humaine. Le mouvement antivax à l’origine relève d’une peur, le vaccin au lieu de protéger menace l’intégrité corporelle des individus.

Plus tard ce sont également des risques médicaux qui justifient le rejet du vaccin. Rappelons les trois grandes controverses qui ont terni l’image de la vaccination : vaccin de l’hépatite B tenu pour responsable de la sclérose en plaque, toxicité neurologique de l’aluminium contenu dans les vaccins, autisme provoqué par le ROR (rougeole, oreillons, rubéole). Il n’est pas question d’ouvrir de ces dossiers, chacun mériterait de très longs développements. Simplement de constater que pour les provax, l’affaire est réglée, les vaccins sont innocents. Ce qui n’est pas du tout l’avis des antivax.  La polémique court toujours.  Il faut dire par ailleurs que la révélation au public des possibles lien entre ROR et autisme a eu pour conséquence une baisse notoire de la vaccination en Angleterre. Baisse qui a provoqué dans ce pays des flambées de rougeoles. L’association de la narcolepsie avec la vaccination NIH1 est solide et confirmée et n’a pas provoqué de polémique. Le discours des antivax s’est donc développé pour des raisons médicales dans les populations présumées victimes de ces vaccins.

Les grandes religions, catholicisme et islam, ne sont pas opposés à la vaccination. C’est aux marges de ces religions, dans des mouvements sectaires, fondamentalistes que l’opposition à la vaccination est catégorique.

Le discours antivax va ensuite s’infléchir dans une nouvelle direction, plus idéologique : l’écologie. C’est ce que nous verrons dans mon prochain billet.

Laurent Vercoustre

12 Commentaires

  1. Merci cher confrère pour ce préambule qui permet de situer les 2 positions les plus extrêmes sur un produit défini : les vaccins.
    Quand je lis les textes publiés par l’OMS sur son site, je lis par exemple sur la page “Immunité collective, confinement et COVID-19“ :
    “Les vaccins entraînent notre système immunitaire à produire des protéines qui combattent la maladie (les anticorps), comme lorsque nous sommes exposés à une maladie, mais — ce qui est fondamental — les vaccins agissent sans nous rendre malades. Les personnes vaccinées sont protégées contre la maladie en question et ne peuvent pas transmettre le pathogène, ce qui brise les chaînes de transmission. “
    l’OMS dénomme “candidats vaccins“ les produits ARNm et ADN, et la FDA dans ses contrats avec Pfizer dit “médications géniques à visée vaccinale“
    Si l’on veut assainir et rétablir le débat, la question prioritaire ne serait-elle pas, plus que d’opposer pro ou anti vaccins : Ces produits candidats vaccins, maintenant que nous disposons d’un peu de recul, méritent-ils la dénomination de vaccins?

    • Il est vrai que l’apparition de nouveaux types de vaccins faisant appel à la génétique complique un peu le problème!Parmi les antivax il y a peut-être un sous groupe qui serait favorable aux vaccins classiques et opposés aux vaccins « génétique »

  2. Bonjour,
    Décidément, difficile de faire entendre une petite voix : pourquoi ne pas parler des vaccins « traditionnels » … de ceux qui utilisent des soupes de vaccins tués … que l’on peut injecter chez les allergiques avec cette vieille méthode que connaissent les médecins « moins jeunes » : Besredka car ce vaccin ne nécessite que la conservation au frigo …allons, quand on veut « sauver la France, les plus fragiles, nos anciens et que sais-je… », on peut proposer dans les officines les vaccins russes et chinois qui sont de ce type et d’une efficacité aussi correcte que ceux utilisés..voire si on est téméraire, on peut parler du vaccin français Valneva ? Non ? vos opinions sur le sujet ? merci de publier mon avis…

    • Merci pour votre commentaire, que naturellement je publie. Sans doute avez-vous raison, les vaccins traditionnels sont plus sûrs, on manque cruellement de recul avec les vaccins issus du génie génétique. C’est peut être une avancée considérable de la médecine, car leur fabrication se fait des délais plus courts mais à long terme c’est l’inconnu !

  3. Bonjour,
    J’attends avec impatience le prochain billet qui, après cet historique parlera certainement de l’actualité.
    Pour ma part je suis farouchement provax depuis toujours et ai participé à des discussions enflammées avec des antivax. Je prône à tour de bras la vaccination anti-tétanique à tous les âges et cette année, ai fait une deuxième injection anti-grippe en janvier, mais…
    Mais dans l’actualité, le Covid donc, dans l’enfumage géréral tant pro qu’anti, je ne peux m’empêcher d’éprouver une certaine appréhension vis à vis des vaccins actuels; alors je me pose la question: dis-je être considéré comme un pro ou un antivax?
    Réponse au prochain billet?

  4. Bonjour
    Il n’y aurait pas de porteur sain du virus de la variole ? Une population touchée : tous malades avec une mortalité d’environ un tiers. Est-ce crédible et déjà décrit dans l’histoire humaine ?
    Merci pour cet article. Qui hélas ne sera lu que par ceux capables d’échapper à un fonctionnement mental non dogmatique !

    Pour la minuscule histoire, j’ai été confronté à une épidémie de variole au Tchad en 1967. Diagnostic de brousse uniquement clinique au départ, confirmé par le CDC d’Atlanta secondairement, vaccination massive des populations semi-nomades avec l’aide du service des grandes endémies. Mortalité 24%.

  5. Merci Laurent pour ce début de développement sur le bilan de l’apport de la vaccination en santé publique. Tu pourrais en faire un livre , car c’est un sujet qui a le vent en poupe et a sûrement des tas de convergence avec la question du biopouvoir thème chéri de ton maître à penser Michel Foucault .

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