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Covid-19 et pollution atmosphérique

« À chaque fois qu’on a un pic de pollution au-dessus de 15 à 20 microgrammes par mètre cube pendant une semaine, derrière on observe une brusque montée de la mortalité » avertit Jean Baptiste Renard directeur de recherche au CNRS au sein du laboratoire de physique et de chimie de l’environnement et de l’espace. Auteur d’une étude publiée dans la revue Science of the total Environnement, il précise que le pic de mortalité est décalé d’une semaine par rapport au pic de pollution. À Paris le parallélisme  des courbes de mortalité de la covid-19 et de la pollution est saisissant. Lors de la première vague le nombre de décès journaliers par million d’habitants a été multiplié par un facteur 10. Cette augmentation coïncidait avec le pic de pollution printanière consécutif au trafic automobile et à l’épandage agricole.

Forts des résultats obtenus à Paris, les chercheurs se sont intéressés à de très grandes villes comme Lyon, Marseille, Bordeaux. Et à des plus petites : Mulhouse, Toulouse. En tout 32 villes d’Europe de l’Ouest ont été examinées entre 2020 et 2022. l’étude montre que le phénomène se répète quel que soit la ville. À chaque fois qu’un surplus de pollution est observé, la mortalité est plus forte. Le lien entre pollution et mortalité due au Covid-19 est donc maintenant bien établi.

Ainsi lorsque les concentrations de PM2,5[1]approchent les 4,5 microgrammes par mètre cube, c’est par  un facteur 5 que la mortalité est multipliée. A contrario, une très forte diminution de la mortalité une semaine ou quinze jours après la fin du pic de pollution a été observée.

Cette thèse est aussi confortée par le fait que des villes situées sur le littoral comme Bordeaux ou Brest qui bénéficient d’une « ventilation marine » n’ont pas connu des taux de mortalité aussi élevés.

Dès les premières semaines de la pandémie, des études chinoises avaient déjà constaté des mortalités plus fortes dans les zones plus polluées, tandis que des chercheurs italiens retrouvaient le même phénomène, notamment dans la très industrielle Lombardie, la région transalpine qui a payé le plus lourd tribut au coronavirus.

On sait que l’exposition à la pollution atmosphérique est responsable d’une diminution de l’espérance de vie et dans les cas les plus graves, de décès. Les dernières estimations de Santé publique France pour la période 2016 à 2019 évaluent à près de 40 000 décès attribuables chaque année aux particules fines PM2,5.

Ces particules fines facilitent la pénétration du SARS-CoV-2 dans l’organisme.  Voici comment Isabella Annesi-Maesano, spécialiste de la pollution atmosphérique à l’Inserm décrit le phénomène :« Si les plus grosses particules, dites PM10, sont en général arrêtées par le nez, les plus fines, les fameuses PM2,5, descendent jusqu’au fond des alvéoles pulmonaires, qui sont la zone d’échange entre le sang et l’air. En provoquant de l’inflammation dans les alvéoles pulmonaires, la pollution rend plus perméable la membrane par laquelle s’effectuent les échanges, ce qui facilite l’entrée des virus dans l’organisme ».

Pour terminer, on ne peut pas ne pas citer l’imposante étude réalisée Santé Publique France au mois de mai 2022. Cette étude est donc antérieure à celle que nous avons rapporté plus haut  qui est toute récente puisqu’elle date du mois d’août 2022. Sur la couverture de ce document d’une soixante de pages est posée, sous forme de titre, la question de la « faisabilité et pertinence d’une étude sur le rôle de la pollution de l’air ambiant dans  l’incidence et /ou la sévérité de la Covid. ». À la lecture de ce texte extrêmement documenté, il ne ressort pas grand-chose. Les auteurs se montrent très critiques à l’égard des études recensées qui leur semblent entachées de nombreux biais. D’où leur conclusion: « Aussi, seule une étude multicentrique à effectif large (européenne ou internationale), […] permettrait de quantifier de façon fiable la part de la pollution atmosphérique dans l’aggravation de la Covid-19. »  L’étude de Jean. Baptiste Renard répond-elle à cette exigence ?

On peut tout de même conclure que le changement climatique, la pollution de l’air et les maladies infectieuses émergentes sont étroitement liés. Une véritable action de santé publique doit donc intégrer tous ces facteurs.


[1] Particules fines inférieures à 2,5 microns

Laurent Vercoustre

2 Commentaires

  1. Certes, comme disait l’autre : C’est pas faux. mais je me souviens qu’au plus fort de l’épidémie, alors qu’on nous a enfermé, masqué « blockhaussisé » il y a eu une forte baisse de la pollution, les oiseaux revenait chanter et nicher de là où il n’y en avait plus. J’ai vu lartographie de cette situation ( j’ai perdu le lien) mais pour autant, ça n’a pas fait baisser la contagion et le nombre des malades qui allait crescendo.
    Comprenne qui pourra.

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