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Macron et Louis XVI

C’est parti, le grand débat national promis par Emmanuel Macron à l’occasion de ses vœux a débuté le 15 janvier dernier, il se clôturera le 15 mars prochain. On attend de lui la restauration de l’ordre public mis à mal par l’insurrection des gilets jaunes.

Le 24 janvier 1789, Louis XVI convoquait les États généraux. La France souffre en ce début d’année 1789, l’hiver a été terrible, à Paris la température est descendue à -18°. Les dettes publiques ont été multipliées par trois et l’État est en faillite.

Louis XVI s’adresse directement par une lettre « à ses peuples pour remédier aux maux dont souffre le pays » : « Sa majesté désire que s’assemblent dans ses villes et ses villages et dans les plus brefs temps les habitants pour conférer ensemble tant des remontrances, plaintes et doléances que des moyens et avis qu’ils auront à proposer ». Au mois d’avril on compte 60 000 cahiers de doléances. « Sire nous sommes accablés d’impôts de toutes sortes ce qui nous fait bien de la peine c’est que ceux qui ont le plus de biens payent le moins ». C’est ainsi que protestent les habitants de Culmont en Haute-Marne.

Emmanuel Macron devrait tirer leçon de l’histoire. Tout au long des États généraux, Mirabeau qui fut le grand homme de la situation, ne cesse d’exhorter Louis XVI d’entreprendre une réforme constitutionnelle. Mirabeau rêvait d’une monarchie parlementaire semblable à celle de l’Angleterre. Il faut savoir en effet que ce partisan inébranlable de la souveraineté populaire est également un royaliste ardent et un antidémocrate convaincu. Pour lui il n’y a pas de pire danger que le gouvernement du peuple par le peuple.

Il y a fort à craindre que notre grand débat national conduise à une impasse. D’abord parce que, si on y réfléchit bien, ce débat a déjà eu lieu et il n’a pas porté ses fruits. C’est sur le principe d’un débat citoyen qu’Emmanuel Macron avait levé ses troupes pour partir en campagne lors de la dernière élection présidentielle. « En marche » signifiait que chaque citoyen était appelé à participer à l’élaboration d’un programme qui devait transformer notre pays. 4000 volontaires avaient été mobilisés pour créer des comités dans les grandes villes, des milliers de questionnaires avaient été distribués. Que disaient ces volontaires : « Venez débattre et co-construire le projet que nous portons en participant aux ateliers thématiques. Éducation, santé, vie démocratique, Europe, travail … vous avez la parole pour mener notre Révolution ! ». Ce nouveau débat apparaît donc comme un retour à la case départ.

Ensuite, parce qu’il ne peut rien sortir de cette grande jacasserie. Les revendications, on les connaît déjà, elles sont quelques fois contradictoires. Ainsi les réponses apportées par le gouvernement causeront nécessairement la déception d’une partie des électeurs, ce qui ne fera qu’exacerber leur frustration. Enfin, parce qu’il faut déjà soustraire une large part des gilets jaunes qui l’ont provoqué.  Et l’on peut compter, pendant la durée de ce débat, sur les oppositions de droite et de gauche pour attiser le feu et disqualifier elles aussi le grand débat.

Louis XVI n’a pas saisi l’opportunité que lui suggérait Mirabeau. Ce qui le conduira 4 ans plus à l’échafaud. L’insurrection des gilets jaunes méritait un geste plus fort, plus radical de la part du président de la République. Sans doute une refondation de notre République. Ce n’est pas le débat citoyen qui permettra d’accoucher d’une nouvelle constitution. Et si l’on poursuit notre comparaison avec la période révolutionnaire, nous sommes loin d’avoir les talents qui ont animé les débuts de la Révolution. Des personnalités comme Mirabeau, Talleyrand, Lafayette, Sieyès suppléaient à l’inertie de l’exécutif par un redoublement de plans et de projets. C’est le moment sublime de la Révolution qu’a admiré Tocqueville, où les « hommes sincèrement passionnés par le bien public, réellement oublieux de leur intérêt » échafaudent des projets.

Comparée à cette glorieuse époque notre débat national fait piètre figure. Débat qui risque bien de mal tourner. Emmanuel Macron a-t-il fait le bon choix en se surexposant dans les médias ? Il est intervenu 13 fois 6 heures à la télévision ! à ce jeu, notre président risque de provoquer un déchainement médiatique qui pourrait bien aussi faire tomber sa tête.

Laurent Vercoustre

14 Commentaires

  1. Bonjour,
    18 mois plus tard, vous semblez avoir déjà oublié cette calamiteuse campagne entre Fillon et Marine ! Et si vous préférez un retour à la 4ème république, bonne chance.

  2. excellent.je faisais une comparaison, plus simple , moins fouillée, avec Marie-Antoinette, qui allait dans le même sens .Celle-ci est plus pertinente.Bravo

  3. un vrai plaisir de lire ces commentaires ! bon ! la monarchie républicaine ne passera pas, la république démocratique non plus .On peut toujours dire « vive la France » ,mais pas trop fort non plus ! Breuuuu, il fait froid …

  4. Le débat citoyen actuel n’existe que par l’action persistante des GJ. On oublie que lorsque que quelques voix s’élevaient pour se plaindre de la pression fiscale, nos dirigeants étaient intransigeants: »nous maintenons le cap car nous avons raison et nous savons ce qui est bon pour vous et vous non. D’ailleurs,le prix des carburants au premier janvier augmentera de 10cts. »
    On connaît la suite.

    • Tu as parfaitement raison, Gérard, sans gilets jaunes, il n’y aurait pas de débat. Et je persiste à croire que ce débat n’a pas de sens et n’est pas la réponse appropriée à la crise que nous traversons On assiste à une théatralisation de la politique, Platon disait : quand la démocratie rentre en décadence, il y a la ce qu’il appelle théâtrocratie, et nous avons un président qui est un bon spécialiste de la théatrocratie ! Les gilets jaunes ne s’y laisseront pas prendre.

  5. Bravo docteur pour votre parallèle avec Louis XVI et ses cahiers de « doléances ». Comme je l’ai dit au maire de ma commune après avoir rédigé mes « revendications » sur le « cahier de doléances  » qu’il avait mis à la disposition en Mairie : « Nous en sommes pas sous l’ancien régime pour présenter des « cahiers de doléances » mais plutôt un registre de revendications.
    Mais de toute façons ça ne servira à rien, LaREM signifie en réalité  » La République Emmanuel Macron », si on n’a pas compris çela on n’a rien compris de sa mégalomanie et de son mépris!
    Je termine sur une touche d’humour en pointant une des nombreuses hypocrisies de sa « lettre » aux citoyens particulièrement : « Comment pourrait-on rendre notre fiscalité plus juste et plus efficace ? etc…
    Autant dire à un troupeau de moutons : « Comment voulez vous être tondus et combien de fois? …Vous aurez moins de fourrage… »
    Quelqu’un à dit en commentaire : « Le comportement de Mr Macron a été la goutte d’eau qui a fait débordé le vase ! » . c’est pire que ça, il me fait penser à quelqu’un qui maintient la tête sous d’une personne en train de se noyer en lui disant qu’elle aurait du apprendre à nager !

  6. Le péril jaune est né d’un ras le bol fiscal à partir de l’annonce de l’augmentation des taxes sur les carburants. Les français ont découvert la France des pavillons et des trajets en voiture de 30 à 50 kms pour aller travailler, consulter et de consommer.
    Ronds points et gilets jaunes sont les emblèmes symboliques de la montée des inégalités géographiques.
    Cette situation est la résultante de la Metropolisation qui conduit à concentrer un bon nombre d’administrations et de services, activité qui représente il paraît 30% de l’activité économique…
    Il n’est pas difficile de comprendre que des territoires qui ont été dépossédés pendant 20 ans d’une partie des offreurs d’emplois, aient sombré dans le marasme…
    A l’époque des Plans, l’aménagement des territoires était pensé.
    A l’époque de l’économisme nous avons assisté à une succession de déménagements…
    Qui sème le vent récolte la tempête. Macron récolte ce qu’il n’a pas semė, mais il a pêché par insuffisance de diagnostic. La caporalisation d’en Marche en est en grande partie responsable.
    Jac

  7. Votre parallèle est d’autant plus pertinent qu’en écoutant le discours du Président sur la transition écologique, le genre  » Ils n’ont plus assez d’argent pour mettre de l’essence dans leur voiture et aller travailler ? Qu’à cela ne tienne, qu’on leur donne des éoliennes ! », j’avais l’impression d’entendre Marie-Antoinette parlant des Parisiens : « Ils n’ont plus de pain ? Qu’à cela ne tienne, qu’on leur donne de la brioche ! »

  8. Il n’ y a rien a attendre de Mr Macron qui sait très bien ce qui ne va pas; ce débat national est donc, oui, inutile. Ce monsieur n’est là que pour appliquer, coûte que coûte, les directives Européennes, écrites depuis longtemps en ce qui concerne la France, et tant pis si les citoyens ne sont pas d’accord. Une preuve? Il a avoué à la BBC qu’un référendum sur l’Europe entrainerait probablement un Frexit. Nous y voilà : l’avis des Français? Aucune importance. Quant à refonder la République on ne peut demander aux « politiques » qui ont créé les problèmes, en tripatouillant la Constitution depuis 40 ans, de le faire.

  9. Le 1er acte pour faire retomber le soufflet aurait été de montrer l’exemple en serrant la vis de manière drastique au sommet de l’état et de ses privilèges quasi monarchiques…Unanimité de tous les français (sauf les concernés évidemment)… On en est très très loin….

  10. Bonsoir,
    je partage votre analyse, je disais souvent que même si on était en démocratie, nos élites se comportaient comme la monarchie:
    Le comportement de Mr Macron a été la goutte d’eau qui a fait débordé le vase !

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