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Épidémie de covid-19, quelle stratégie ?

Quelle stratégie adopter pour juguler l’épidémie de covid-19 ? C’est la question la plus importante que nous devons nous poser face à ce virus qui est en passe de décimer la population mondiale.

Rappelons d’abord les différentes stratégies inventées par l’homme au cours de l’histoire pour faire face aux épidémies. Foucault a décrit deux grandes modalités de contrôle politico-médical, l’un répondant au modèle de la lèpre, l’autre au modèle de la peste.

Le modèle de la lèpre qui atteint son apogée au Moyen Âge repose sur l’exclusion. C’est la mise à dis­tance, on dirait aujourd’hui la marginalisation, le rejet dans un monde extérieur, hors des murs de la ville, en dehors des limites de la communauté. Une cérémonie funèbre accompagnait le départ du lépreux qui était déclaré mort et dont les biens étaient par conséquent transmissibles.

Le modèle de la peste repose aussi dans un premier temps sur la mise en quarantaine de la ville où elle se déclarait. Mais ce territoire était l’objet d’un quadrillage méticuleux et d’une analyse extraordinairement fine et détaillée. Les règlements publiés depuis la fin du Moyen Âge jusqu’au début du XVIIIe siècle sont très stéréotypés. La ville était partagée en districts et en quartiers. Chacune des zones était sous la responsabilité d’une personne, depuis les sentinelles qui veillaient devant les portes des maisons ou à l’extrémité de chaque rue, jusqu’au responsable de la ville, soit un gouverneur soit un échevin qui avait reçu pour la circonstance un supplément de pouvoir. Au début de la quarantaine, on recensait tous les citoyens présents dans la ville et leurs noms étaient consignés sur des registres. Tous les jours des inspecteurs devaient faire l’appel devant chaque maison. À chaque individu était assignée une fenêtre où il devait apparaître à l’appel de son nom. S’il n’apparaissait pas à la fenêtre on considérait qu’il était dans son lit, qu’il était malade et donc dangereux. Il fallait alors intervenir. Ces inspections étaient effectuées deux fois par jour et toutes les informations transcrites sur un registre.

Dans le mode de la lèpre, on réalise un partage massif entre deux groupes d’individus, on éloigne ceux qui ont la lèpre de ceux qui ne l’ont pas, ceux qui sont purs de ceux qui ne le sont pas. Dans le mode de la peste, il ne s’agit pas de chasser, mais de fixer et de donner une place : inclusion donc et non rejet. Il s’agit aussi d’observer et non de mettre à distance et d’ignorer.

Avec le covid-19, on voit aujourd’hui se développer deux principales stratégies. L’une est fondée sur le confinement, l’autre sur la mise à l’écart. On retrouve au fond les deux modèles historiques que nous avons évoqués.

L’Europe et les Etats-Unis ont fait le choix du confinement. Les pays d’Asie du sud-est comme la Corée du sud, Singapour, Hong Kong et Taïwan ont préféré une stratégie qui privilégie la mise à l’écart. Dans ces pays, il n’y a pas eu de confinement général de la population. Or, ils n’ont pas connu un nombre de décès plus élevé qu’ailleurs.[1] Cette stratégie suppose d’identifier le maximum de sujets porteurs du virus. En Corée du Sud, 250 000 tests de dépistage ont été réalisés depuis le début de la crise. 10 000 tests sont effectués chaque jour. Cela permet d’isoler tout de suite les personnes touchées. Les statistiques montrent que cette méthode est efficace. Ainsi en Corée du sud, sur 8500 personnes infectées on déplore 84 personnes décès. En France, au même stade de l’épidémie c’est 148 décès pour 8000 personnes infectées. En Italie, 2500 décès pour 31 000 personnes touchées.  En Espagne, le dernier bilan fait état de 100 morts en moins de 24 heures… C’est plus que la Corée du Sud en plusieurs mois.  La Corée du sud pourtant voisine de la Chine d’où l’épidémie est partie a connu un bilan beaucoup moins lourd que celui des pays européens. Et pourtant en Corée la vie continue, les restaurants et les magasins sont restés ouverts. En France le confinement a abouti à une paralysie totale, magasins fermés, seules les patrouilles de police arpentent les rues désertes. Par ailleurs on nous promet la prolongation du confinement alors qu’en Corée du sud l’épidémie serait en train d’être maitrisée : 93 nouveaux cas ont été déclarés le 18 mars 2020 contre 904, le 29 février dernier. Au début de l’épidémie les autorités sud-coréennes ont réagi très vite. Le “cluster” de départ a été très vite identifié. C’était un groupe religieux de 5000 personnes priant et chantant pendant deux heures, les uns à côté des autres. Le virus s’y est répandu très vite. Les autorités ont testé tout le groupe et isolé et traité tous les malades. 

Les Chinois, après une gestion calamiteuse au début de l’épidémie, sont aujourd’hui en passe de gagner la guerre contre le covid-19. Mais ils en ont payé le prix. À la mi-février ils ont pris deux mesures qui ont changé l’évolution de l’épidémie. Ils ont imposé dans la province d’Hubei le confinement total. Mais c’est la deuxième mesure qui a été déterminante. C’est à dire l’obligation pour le personnel médical d’identifier tous les cas de patients infectés et de les sortir de la population indemne. Cela a été possible grâce au travail des médecins qui ont isolé les patients présentant le coronavirus sur des critère cliniques et scannographiques essentiellement, car le covid-19 donne des images spécifiques tout à fait caractéristiques au scanner thoracique. Ils ont aussi utilisé les tests PCR, mais ils ont constaté qu’il y avait souvent des faux négatifs. Ils n’ont donc pas centré le dépistage sur les tests PCR. Les sujets présentant des formes graves soit 15% de la population infectée ont été hospitalisé. Les sujets présentant des formes mineures, 85% des cas, ont été confiné tous ensemble dans des stades et les sujets contacts ont été placés dans des hôtels.

Pour le professeur Raoult nous avons adopté des mesures absolument contraires aux bonnes pratiques : renoncer à dépister les personnes possiblement malades et confiner la population dans son ensemble pour enrayer la diffusion du virus. Ces mesures moyenâgeuses ne ralentissent l’épidémie qu’au risque de phénomènes de rebond, potentiellement encore pire. Elles enferment tout le monde alors qu’une faible minorité est concernée. Toutes les recommandations en santé publique sont à l’inverse de dépister le plus de cas possibles et de confiner uniquement les cas positifs le temps qu’ils sont contagieux.

En résumé la seule stratégie qui fasse sens est de dépister massivement puis de confiner les positifs.


[1]https://gisanddata.maps.arcgis.com/apps/opsdashboard/index.html#/bda7594740fd40299423467b48e9ecf6

Laurent Vercoustre

3 Commentaires

  1. Bonjour, merci pour cette belle analyse, je ne suis pourtant pas convaincu sur le risque de rebond qui n existerait que ds notre modèle de confinement….La méthode asiatique prouve son efficacité à court terme, quid ds 1, 2 ou 6 mois…Je veux dire si l’épidémie dure. Peut etre serons nous obligés de reprendre une vie « normale » qd nous serons à genoux économiquement….Sans être devin en aucune façon….

    • Excellent billet. Les experts qui conseillent ceux qui nous gouvernent ne peuvent pas ignorer les stratégies gagnantes que tu as exposées. Alors? Pourquoi persister dans l’erreur? Qui y trouve un avantage? Tous les avis sensés rejoignent ton exposé. La gravité du covid-19 est angoissante, l’attitude des décideurs encore plus.

  2. Merci pour cette synthèse éclairante.
    Si vous avez raison, et je le pense.
    Le dépistage de masse n’est pas opérationnel à ce stade, et nous n’avons aucune information sur les dispositions qui sont prises actuellement pour faire en sorte qu’il le soit.
    L’enquête autour des sujets malades de manière à isoler les sujets contacts, repose actuellement exclusivement sur l’ARS, et là encore nous n’avons aucune information sur la manière dont ces enquêtes se déroulent.
    Bref, derrière la communication gouvernementale, la réalité, c’est que nous ne sommes nullement informés de ce qui passe réellement dans les coulisses, et pas d’avantage ne le sont les professionnels de santé.

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