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Confinement strict : une mesure archaïque ?

Les uns après les autres, les pays ont suivi l’exemple de la Chine et ont imposé le lockdown ou confinement strict pour faire barrage à l’épidémie de covid-19. On peut s’étonner que cette mesure imposée par un état dictatorial ait eu autant de succès parmi les Etats démocratiques au point qu’aujourd’hui la moitié de l’humanité se trouve confinée.

Pour les épidémiologistes, il s’agit d’une méthode assez primitive. C’est elle qui avait été appliquée pour la pandémie de grippe de 1918 où on avait fermé les écoles, et mis en quarantaine des régions entières. Elle dérive du quadrillage disciplinaire décrit par Michel Foucault comme modalité de contrôle politico-médical dans la peste. Aucun manuel d’épidémiologie ne préconise cette solution.

La rationalité qui est derrière le confinement, c’est l’application de mesures non pharmaceutique pour augmenter la distanciation sociale entre individus. Il s’agit de freiner la circulation du virus en diminuant les contacts entre les individus. Le confinement strict a une réelle efficacité dans la mesure où il va garantir la réduction du nombre de contacts. Il faut bien comprendre que cette mesure a pour seul objectif de diminuer l’amplitude du pic épidémique afin de ne pas submerger les structures hospitalières et en particulier les services de réanimation. Mais il ne faut pas compter sur le confinement strict pour éteindre l’épidémie.

Tous les pays n’ont pas appliqué le confinement strict, même si la moitié de la planète a choisi cette solution. Les démocraties du sud-est asiatiques qui sont aux portes de la Chine ont adopté d’autres stratégies :  c’est le cas de Taiwan, de Hong Kong, de la Corée du sud, de Singapour et du Japon.

Ces pays avaient une compréhension très claire de la menace d’un virus venu d’Asie du sud-est ou de Chine. Ils avaient eu l’expérience du SRAS en 2003 et ensuite du MERS (syndrome de corona virus du Moyen Orient) en 2017 qui avait atteint l’Arabie Saoudite mais aussi la Corée, ils avaient plusieurs expériences de la grippe aviaire. C’est cette prise de conscience par l’ensemble des citoyens de ces pays qui a rendu possible des politiques sanitaires beaucoup plus modernes et plus efficace que le confinement strict. Nous n’avons pas su en Europe prendre la mesure du danger. Certains ont cherché à minimiser la nocivité du covid-19 en parlant de « grippette ».  Nous avons répondu à la menace épidémique trop tardivement et avec des procédures archaïques. Nous nous sommes contentés d’imiter la Chine par une sorte de fascination en considérant que les mesures prises à Wuhan suffisaient à endiguer l’épidémie.

La stratégie mise en place à Singapour est souvent citée en exemple. Les tout premiers cas sont arrivés à Singapour. La cité-État a développé un plan millimétré et prévu à l’avance avec un investissement majeur pour repérer tous les cas un par un et pour traquer tous les contacts de ces cas avec tous les moyens possibles.

Grâce à ces méthodes Singapour n’a pas fermé ses écoles, n’a pas fermé ses bars et ses restaurants ni ses commerces et ses cinémas. Le pays a su contenir l’épidémie plus longtemps que nous avec un taux de mortalité très faible. Certes aux dernières nouvelles la cité-État a dû finalement imposer le confinement strict. Il n’en reste pas moins que Singapour a expérimenté des méthodes modernes qui ont inspiré d’autres pays comme l’Autriche qui a su mieux que les autres pays européens comme l’Italie, la France et l’Espagne maitriser l’épidémie. Au point que l’Autriche présente l’une des plus faibles mortalités et vient d’annoncer que sa politique de déconfinement doit débuter dès le 15 avril.

La stratégie déployée à Singapour et par d’autres pays d’Asie comme la Corée a montré que la détection précoce et l’isolement des cas sont la méthode la plus efficace pour endiguer la propagation du virus. La détection précoce passe par le test de dépistage. Ces méthodes s’avèrent en première intention plus efficaces que les restrictions de voyages et des contacts sociaux dans la population ; et l’association de toutes ces méthodes crée l’effet préventif le plus efficace et le plus rapide.

Le code génétique du virus a été donné très rapidement par les chinois a et le 10 janvier toute la communauté internationale disposait du séquençage du virus. Ces pays n’ont pas perdu de temps pour fabriquer des tests de dépistage. En Corée du sud c’est plus de 485 000 tests qui ont été réalisés.

La mesure principale utilisée par Singapour est le traçage technologique.  L’utilisation de l’application gouvernementale TraceTogether  sur smartphones permet un traçage rigoureux

Cette application associe un identifiant unique à chaque smartphone sur lequel elle est installée. Elle enregistre ensuite tous les identifiants associés aux smartphones détectés dans un périmètre de deux mètres pendant une durée d’au moins 30 minutes, dont les propriétaires pourraient représenter un risque de contamination. Et lorsqu’une personne s’identifie comme porteuse du virus, tous les smartphones détectés par le passé peuvent alors recevoir une alerte. Cette application n’est pas obligatoire, mais tout le monde l’a installée.

Dès qu’une personne est testée positive, des enquêteurs vont lui poser toutes les questions possibles sur les 14 derniers jours qu’elle a passés à Singapour, ainsi qu’aux membres de sa famille : « dans quel restaurant êtes-vous allé ? Quel transport avez-vous pris ? Qui avez-vous croisé au bureau ? » Depuis deux mois dès qu’une personne rentre dans un bâtiment, que ce soit une librairie, un centre commercial ou une banque, il doit enregistrer son numéro de téléphone sur un formulaire à l’entrée pour pouvoir être rappelé s’il y a eu un cas dans le lieu où il est allé. C’est un vrai travail de fourmi qui permet d’identifier très rapidement les clusters.

Dès que les autorités sanitaires identifient une personne qui a potentiellement le virus, mais qui ne le sait pas encore, elle est appelée et on lui dit de rester à domicile et de ne pas en sortir pendant 14 jours. Si ce n’est pas le cas, elle peut se faire renvoyer du pays et elle risque une très grosse amende et même de la prison. 

Grâce à ces mesures énergiques prises très tôt pour désamorcer la crise, à Taïwan, en Corée du Sud ou à Hongkong, trois des premiers territoires touchés, la vie suit un cours relativement normal, pendant que quatre milliards de personnes sont confinées.

Il ne faut pas oublier par ailleurs que le confinement strict présente des risques qui n’ont jamais été évalués. Ce sont d’abord les conséquences sociales et politiques dramatiques résultant de la paralysie de l’économie, ce sont aussi des risques proprement sanitaires avec une augmentation des addictions, alcool en particulier, violences domestiques, maladies mentales, également risques liés à l’inactivité physique, on commence à parler d’une recrudescence des maladies thromboemboliques.

Dans cette partie serrée contre le covid-19 nous avons eu en France, en Italie et en Espagne quelques coups de retard par rapport aux pays asiatiques. Nous en payons lourdement les conséquences et nos politiques auront sûrement un jour à répondre de leur gestion catastrophique de l’épidémie.

Laurent Vercoustre

5 Commentaires

  1. Sur les courbes dénombrant les nouveaux cas de covid19 , les hospitalisations, les passages en réa, les morts qu’on peut facilement récupérer sur wikipedia pandémie France, je défie quiconque de montrer un effet significatif du confinement: il n’y a aucun infléchissement des courbes à partir du 15 Mars

  2. Maintenant, on espère réussir le Déconfinement avec des procédures « modernes » : masques – test PCR et immunité – application de traçage – confinements électifs, etc… pour éviter l(a)es nouvelle(s) vague(s)…
    Cdt

  3. Toujours plus facile de faire des prophétie après qu’avant. Tout ça on le sait maintenant et si les pays d’Asie ont bien évidemment mieux réagi c’est qu’ils étaient préparés par les épidémies précédentes. Je ne veux pas défendre l’état et encore mois les ARS qui sont d’une incompétence notoires mais personnes n’a cru que cette épidémie arriverait jusqu’en Europe à partir de ce retard à l’allumage il ne restait plus que le confinement qui indéniablement est efficace

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