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Quand la science ressuscite Dieu

Récemment est apparu dans les bacs de nos libraires un livre au titre intriguant :  Dieu-la science-les preuves. La quatrième de couverture révèle l’intention des deux auteurs un ingénieur informatique Michel Yves Bolloré et un polytechnicien Olivier Bonnassies : apporter la preuve de l’existence de Dieu, ni plus ni moins ! Comment ? En montrant que les dernières données de la science ne permettent plus de penser l’univers sans un Dieu créateur.

Il fut un temps où la science jouait contre la croyance en Dieu. L’explication par la science de phénomènes comme l’évolution disqualifiait la version religieuse. L’héliocentrisme défendu par Galilée sera condamné par le Vatican. Voilà qu’aujourd’hui la situation s’est totalement retournée. Les prodigieuses découvertes de la physique depuis le début du 20e siècle plaideraient en faveur d’un Dieu créateur de l’univers.

Nos auteurs posent le problème en ces termes : ou bien l’univers a toujours existé et il est exclusivement matériel, nul besoin dans ce cas d’un Dieu créateur ou bien l’univers  a  une histoire avec un commencement et la nécessité d’un Dieu créateur s’impose. Notons en passant que ces deux conceptions s’opposaient déjà dans l’Antiquité avec dans la pensée grecque l’idée d’un cosmos immuable et dans la religion juive la révélation de la Genèse.

Il n’est plus possible aujourd’hui de concevoir un univers qui aurait existé de tout temps. Pourquoi ? Parce que la mort thermique de l’univers est programmée. C’est le second principe de la thermodynamique qui l’affirme. Il en est de l’univers comme d’un feu qui brûle dans la cheminée, il est appelé à se consumer et à s’éteindre. En physique ce phénomène prend le nom d’entropie. L’entropie c’est cette manifestation irréversible qui conduit un système à son expansion dans un maximum de désordre. Le physicien Boltzmann formulera ce principe en une équation qui sera gravée sur sa tombe. L’équation de Boltzman allait rencontrer la vive opposition d’illustres physiciens. Einstein lui-même n’admettait  pas l’expansion de l’univers. Il avait d’ailleurs ajouté dans ses propres équations— et sans la moindre nécessité—une constante cosmologique qui permettait de maintenir un univers stationnaire. Mais il finit par reconnaître son erreur et déclara que l’équation de Boltzman était la plus importante de la physique.

Si l’univers a une fin, il a nécessairement un commencement. Et ce commencement se déroulerait selon l’incroyable scénario du big bang. Ce qui aurait pu apparaître comme le  délire d’un savant n’est que l’aboutissement des équations sur la relativité générale d’Einstein. Le grand livre de la nature  a infiniment plus d’inventivité que nos fictions les plus audacieuses !

Les tout premiers instants du big bang nous échappent, l’histoire de l’univers commence après le mur de Planck, précisément à 10-43  secondes. Dans un espace infime de 10 -35 m, à une température de 10 32 Kelvin, il n’y a rien, ni matière, ni élément, rien qu’une formidable énergie. Sommes-nous témoins d’une création ? C’est ce que pense ce physicien italien [1]: « Nous devons comprendre que non seulement il y a création de la matière, mais aussi création de l’espace et du temps. J’aurais pu le prédire si je n’avais rien lu d’autre que les cinq livres de Moïse, les Psaumes et la Bible. Le big bang a été un instant de création à partir de rien ». « Un peu de science éloigne de Dieu, mais beaucoup y ramène.  » disait déjà Pasteur.

A vrai dire, l’intérêt de cet ouvrage tient plus dans la riche documentation qu’il offre tout au long de ses cinq cent pages que de la démonstration de l’existence de Dieu. On apprend en effet que les partisans de la théorie du big bang ont subi dans la Russie de Staline une répression meurtrière. Une longue série de crime d’État  a été fomentée par un fidèle de Staline qui résume les positions soviétiques contre le big bang dans une phrase qui tombe comme un couperet : « Les falsifications de la science veulent  faire revivre le conte de l’origine du monde à partir de rien. »

L’intention de démontrer l’existence de Dieu par des arguments scientifiques n’a rien de nouveau. Je me souviens avoir lu dans les années 60 un ouvrage intitulé « Comment se pose aujourd’hui le problème de l’existence de Dieu ? » écrit par Claude Trémontant. L’argumentaire est le même que celui de nos deux auteurs : théories du Big Bang et de l’Univers en expansion, réfutation du hasard dans l’apparition de la vie.

 S’il revenait parmi nous, le philosophe Emmanuel Kant trouverait que le livre de Michel Yves Bolloré et Olivier Bonnassies fait preuve d’une grande naïveté. N’a-t-il pas férocement dénoncé les trois types d’argumentaires qui prétendaient prouver l’existence de Dieu. Il y avait la preuve ontologique qu’on doit à Saint Anselme et qui sera reprise par Descartes. Que dit-elle ? Pour faire très court, que chacun de nous a l’idée d’une perfection absolue. Or cette idée ne peut nous venir que d’un être parfait : Dieu.

Il y a la preuve dite a contingentia mundi. Celle -ci fait intervenir le principe de causalité. Tout évènement à une cause qui lui-même a une cause et ainsi de suite…Si bien qu’on se trouve devant une régression à l’infini que seul Dieu cause de lui-même peut interrompre.

Il y a enfin la preuve par les merveilles de la nature, ou preuve physico-théologique. Les merveilles de la nature prouvent qu’il y a une intelligence qui l’a organisée, et cette intelligence c’est Dieu. C’est un peu cette preuve qui court tout au long de l’ouvrage de nos deux auteurs.

Qu’on me pardonne ce dramatique résumé des preuves de Dieu dans la philosophie. De toutes façons Kant les balaiera dans sa  « Critique de la raison pure ». « Critique » qui répond à la question: « que puis-je savoir ?». Dans cette oeuvre, Kant délimitera une fois pour toutes le champ des connaissances possibles de l’esprit humain.

[1] Arno A.Penzias, prix Nobel de physique, 1978

Joyeux Noël !!!

Laurent Vercoustre

6 Commentaires

  1. N’étant ni philosophe encore moins scientifique, certaines questions m’interpellent et votre article est brillant de réflexion. Il m’a fait penser à deux article que j’ai lu dans la revue S&V, l’un dans le n°1235 d’aout 2020 intitulé « Pourquoi on croit en Dieu » « Les mathématiques ont enfin la réponse » dont je schématise la conclusion : »La démarche n’est pas portée par la foi. Le théorème n’affirme pas que Dieu existe réellement. Juste qu’il est irrationnel de dire qu’il n’existe pas. »
    et un plus ancien, que je ne retrouve plus disant qu’il a été scientifiquement démontré qu’une partie du cerveau est faite pour « croire » en Dieu, que certains renforcent cette particularité avec la méditation.
    Mais bon, votre billet me semble d’une autre dimension; A méditer nom de D….!

  2. ce livre est une belle tentative de réponse à un problème éternel et insoluble à notre échelle. Le mérite des auteurs est d’avoir « fait le tour » des chemins possibles à la lumière des connaissances les plus récentes en cosmologie et sciences de la vie. C’est tout l’intéret de ce livre. Ensuite chacun peut se trouver une réponseou pas ! Les 2 auteurs sont convaincus qu’il y a une réponse, ils nous encouragent à les suivre. Un excellent ouvrage qui est à considérer comme une aide à….

  3. Bonjour,
    Quand l’abbé Lemaître a découvert ou plutôt théorisé le Big Bang, le Pape s’est écrié « vous avez découvert le Fiat lux ». Lemaître lui a répondu respectueusement mais assez sèchement que non.

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