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Et si Ramsay Santé venait au secours…

Et si Ramsay Santé venait au secours de nos soins primaires ?

C’est quoi Ramsay Santé ? C’est le premier fournisseur européen de services de  santé complet : hospitalisation privé et soins primaires. Présent dans 5 pays, France, Suède, Norvège, Danemark et Italie, le groupe traite plus de 7 millions de patients par an dans ses 350 établissements. Ramsay Santé propose la quasi-totalité des soins médicaux et chirurgicaux et couvre trois secteurs : Médecine-Chirurgie-Obstétrique, soins de suite et de réadaptation et psychiatrie.

Fondé  à Sydney en 1964  par Paul Ramsay à Sydney , sous le nom de Ramsay Health Care Limited, ce fournisseur de soins va essaimer en Australie, en Europe, au Royaume-Uni et en Asie. En 2014, Healthcare rachète le numéro un français de l’hospitalisation privée, la Générale de santé, et devient le leader de l’hospitalisation privée en France.  Le groupe compte 19 000 salariés dans 75 établissements et centres.

C’est quoi les soins primaires ? C’est d’abord une organisation des soins qui met le généraliste en première ligne pour jouer le rôle de gardien de la porte d’entrée du système (c’est le gate-keeper des anglais). Mais c’est aussi toute une philosophie du soin qui mobilise la population pour favoriser les connaissances et les comportements de prévention. Ce sont aussi de nouvelles structures comme les réseaux de soins qui développent une synergie médico-sociale orchestrée par le généraliste.

Notre système de santé souffre de deux graves travers : l’hospitalocentrisme et la carence des soins primaires. Avec l’arrivée au pouvoir du général de Gaulle en 58, les ordonnances Debré avaient conféré à l’hôpital une place centrale dans notre système de soins tandis que la médecine ambulatoire était atomisée autour d’ exercices isolés.  

Cette configuration n’est pas adaptée à la transition épidémiologique. Aujourd’hui les maladies chroniques, le vieillissement des patients, les polypathologies dominent le paysage épidémiologique. L’absence  de soins primaires  à la mesure de l’enjeu entraine une utilisation inappropriée et excessive des structures hospitalières, plus coûteuses, et moins efficaces. La crise du Covid  a exacerbé ce vice de fonctionnement, on se souvient qu’au début de l’épidémie l’alternative proposée était soit l’hôpital, soit rester chez soi. On avait mis hors-jeu les soins primaires.

Dans la situation actuelle les patients sont abandonnés à leur sort d’errants par un système qui produit des soins mais sûrement pas du mieux-être pour ceux qui sont affectés par la maladie. Les autorités sanitaires en particulier l’HCAAM[1] bien conscients de cette dérive, ont cherché à améliorer la coordination des soins, à travers des structures comme les Maisons de santé, ou les Centres de santé. Dans les Maisons de santé les médecins conservent leur statut libéral, dans les Centres de santé ils sont salariés. Les Maisons de santé ont été mises en place en 2007, leur nombre s’élevait à 1889, en juin 2021. Elles doivent attester d’un exercice coordonné pour obtenir une aide financière des ARS. Les Centres de santé, créés en 2018,  ont la même vocation de coordination des soins. On compte en 2022 plus de 2200 Centres de santé ( dont 455 plurifonctionnels ). Et puis il y a les CPTS ( Communauté professionnelle territoriales de santé)  qui ont été conçues en 2016 avec la loi de modernisation de notre système de santé. Cette fois l’ambition est de coordonner l’ensemble des professionnels de santé à l’échelle d’un territoire. Il s’agit de construire dans chaque territoire une offre de soins ambulatoires plus structurée entre les acteurs de soins primaires organisés en équipe.  Concrètement, les CPTS réalisent une sorte de maillage informatique entre les acteurs de santé sur un territoire. Il était prévu 1000 CPTS en 2022. Or on en compte aujourd’hui 238.

C’est dans ce contexte que Ramsay santé fait irruption sur « le marché » des soins primaires. Ça se passe dans la Drôme, le géant de la santé privé ouvre à Pierre Latte son premier Centre de santé dans un désert médical. L’offre de soins était catastrophique, cinq médecins pour 14 000 habitants et aucun de garde depuis des années.

Ce Centre de santé a trois spécificités. Il inaugure un nouveau mode de rémunération des soignants. L’Assurance maladie verse une somme globale calculée en fonction du nombre de patients et de leurs pathologies. Cette somme est redistribuée aux médecins et aux  autres personnels de santé.

Il institue une distributions des tâches précise si bien que « Le médecin n’est plus un soliste mais un chef d’orchestre, explique François Demesmay, directeur innovation médicale chez Ramsay Santé. Il fait ce qu’il est le seul à pouvoir faire, et délègue le reste aux infirmières, aux psychologues, aux assistantes sociales… ».

Il est juridiquement légitimé par l’article 51 de la loi de financement de la Sécurité sociale qui permet de tester des innovations dans le système de santé. S’il démontre son efficacité d’ici à cinq ans, il pourra exister de droit dans le système de santé. Déjà l’appétit de Ramsay Santé est grand : il est en passe d’ouvrir d’autres centres dans des déserts médicaux dans la région Auvergne, Rhône-Alpes et Ile de France, il ambitionne de racheter ceux de la Croix -Rouge en Ile-de-France, à plus long terme c’est une centaine de centres que Ramsay santé souhaite implanter sur notre territoire.

Certains s’inquiètent de voir des grands groupes comme Ramsay sauver les déserts médicaux,  ils craignent que ceux-ci se développent selon une logique marchande. En Suède et au Danemark, le groupe se revendique déjà comme le leader des soins primaires.

Les soins primaires « ont été laissés à l’abandon par les précédents gouvernements, et cela laisse le champ libre au privé, alors qu’il faudrait que ce soit l’Etat qui organise ce maillage territorial. Est-ce à des grands groupes de sauver les déserts médicaux ? », s’inquiète Hélène Colombani, présidente de la Fédération nationale des Centres de santé. Il est certain que la dynamique de Ramsey santé, propulsée par sa puissance financière, se montrera sans doute beaucoup plus performante que celle de l’État. Cependant ces grands groupes gravitent dans le monde de la haute finance. Monde où tout peut arriver. C’est ainsi que le bruit court que le fonds d’investissement KKR a déposé une offre publique d’achat sur la maison mère Ramsay Health Care pour un montant de 13 milliards d’euros ! Ce fonds américain est déjà le premier actionnaire d’Elsan, qui domine avec Ramsay Santé l’hospitalisation privée en France. 


[1] HCAAM Haute Autorité pour l’Avenir de l’Assurance Maladie. Cette institution a pour tâche de proposer au gouvernement les réformes du système de santé.

Laurent Vercoustre

3 Commentaires

  1. Hum… Ça revient à confier les rênes de la santé à un ou plusieurs organismes privés dont le seul but (ne nous leurrons pas) est de faire un maximum de fric. Lorsque l’on constate ce que cela a donné avec les EPAHD, pas sûr que ce soit une bonne idée…

    • Merci Pascal pour ta réaction, je pense avoir été peut être un peu trop enthousiaste à l’égard de Ramsey Santé, j’ai eu d’autres commentaires qui vont dans ton sens..

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