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Le cheval dans la locomotive et péril atomique

« La question n’est plus de savoir si Poutine va déclencher une guerre atomique, mais elle est de savoir quand » Je ne me souviens plus où j’ai lu cette phrase glaçante. La menace est là. Depuis Hirochima nous avons été une fois au bord d’une guerre nucléaire, à Cuba en 1962. Dans le bras de fer qui opposait Kennedy et Khrouchtchev, c’est Khrouchtchev qui a cédé. Le profil psychologique de ce dernier n’était pas aussi inquiétant que celui de Poutine.

Dans son livre Le cheval dans la locomotive , Arthur Koestler prend toute la mesure du péril nucléaire : « Avant la bombe thermonucléaire chaque homme devait s’accommoder qu’en tant qu’individu il mourrait un jour ; désormais c’est l’humanité qui doit vivre avec l’idée de sa mort en tant qu’espèce. [1]» Et plus loin «  la bombe est ici pour de bon, l’humanité doit vivre avec, non seulement au cours de la prochaine crise mais de toutes celles qui suivront— non seulement pendant vingt ans, cent ans, deux mille ans, mais toujours. Désormais la bombe fait partie de la condition humaine.[2] » Koestler nous explique que nous disposons de la bombe atomique jusqu’à la fin des temps et que du fait de notre nature belliqueuse il fort improbable que nous ne l’utilisions pas un jour. Notre seule sauvegarde repose sur la dissuasion mutuelle, celle-ci dépendra toujours de facteurs psychologiques incontrôlables, de la nervosité de quelques personnages très faillibles.

 « Lorsque que l’on contemple les folies sanglantes de notre histoire, il  semble extrêmement probable que l’homo sapiens est le résultat d’une remarquable erreur dans le processus de l’évolution [3]». L’idée d’un vice de construction de notre cerveau est l’hypothèse centrale du livre. L’antique doctrine du péché originel, dont on trouve des variantes dans les mythologies les plus diverses indique peut-être que l’homme a toujours eu conscience de sa déficience première. La stratégie de l’évolution comme toute stratégie s’expose à l’erreur. Koestler prend l’exemple des bois monstrueux de l’élan irlandais, des tortues qui si par malchance, tombent sur le dos, ne pourront jamais se relever et mourront de faim.

Le soupçon d’une anomalie de notre encéphale vient en premier lieu de la rapidité extraordinaire de la croissance du cerveau humain dans l’évolution. Rien de pareil ne s’était produit dans l’histoire des espèces. L’idée principale soutenue par Koestler n’est pas tant cette extraordinaire croissance du cerveau humain que son organisation.  Il est en effet constitué de la superposition de trois cerveaux. Le plus ancien de ces cerveaux est fondamentalement reptilien, le second est hérité des mammifères inférieurs, le troisième atteint son point culminant chez les primates, et  « a rendu l’homme singulièrement homme »[4]. Ce troisième cerveau  c’est le cortex qui consiste en une couche extérieure de cellules grises et une doublure interne de de fibres blanches. Chez l’homme il mesure à peu près trois millimètres d’épaisseur et renferme environ dix milliards de neurones. L’archi cortex et le mésocortex des cerveaux reptiliens et mammifères primitifs vont, sous l’effet de l’expansion considérable du néocortex se replier pour constituer le  lobe limbique qui se trouve ainsi relégués à la cave du cerveau. Nous disposons donc pour le dire simplement de deux cerveaux, l’un ancien, le lobe limbique siège de nos émotions et l’autre nouveau siège de notre raison.

Ces deux cerveaux, et là nous touchons le cœur de la thèse de Koestler, ne sont pas coordonnés. Il existe une insuffisance de coordination entre les zones de notre cerveau qui sont phylogénétiquement anciennes et les zones nouvelles spécifiquement humaines, qui ont été superposées aux premières avec tant de hâte. Le pensée objective, rationnelle, acquisition récente et fragile, est exposée aux moindres irritations du cerveau ancien qui, une fois en éveil, tend à dominer toute la scène. Les hennissements passionnés des croyances affectives nous empêchent d’écouter la voix de la raison. Cette insuffisance de coordination le Professeur Mac Lean la nomme « schizophysiologie ». Cette « schizophysiologie ».  serait propre à la condition humaine.

La terrible caractéristique de notre espèce est la guerre intraspécifique. Dans le règne animal, il n’y a de combat avec intention de tuer qu’entre prédateurs et leur proies. L’invention des outils et des armes fut l’œuvre du pouvoir néocortical. Mais l’emploi de ces armes dépendit des pulsions agressives du cerveau ancien. L’anthropologie montre qu’il existe des tabous, des interdits pour empêcher l’agression d’un individu contre la tribu à laquelle il appartient. Mais l’interdit ne s’applique pas aux autres membres de l’espèce. C’est le dévouement au groupe sociale auquel l’individu s’identifie qui justifie ses tendances agressives à l’égard des autres groupes.

 Pour Koestler, les dispositions belliqueuses de l’homme qui se sont manifestées tout au long de notre histoire ont pour fondement ce vice de construction de notre encéphale qui le condamne  à un état de « schizophysiologie ».


[1] Arthur Koestler, le cheval dans la locomotive, Édition Calmann -Lévy p.300.

[2] Ibid p.302

[3] Ibid, p.250.

[4] Citation du Professeur Paul Mac Lean, Paul D. Mac Lean est un médecin et neurobiologiste américain né le 1 mai 1913 à Phelps dans l’État de New York et mort le 26 décembre 2007 

Laurent Vercoustre

2 Commentaires

  1. Dans un de tes précédent blog, il me semble avoir lu qu’un conflit mondial semblait de plus en plus improbable, et que la force de dissuasion atomique suffisait à réguler tous les différents politiques. Ai-je mal lu ?

    • Bonjour Pierre,
      Merci pour ta réaction.Je ne sais vraiment pas où tu as pu lire une chose pareille sous ma plume, c’est la première fois que j’écris sur la bombe atomique !

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