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Loi bioéthique, ou la fin du patriarcat

« Merci pour ce grand moment démocratie » a conclu Agnès Buzyn après le vote en première lecture du projet de loi bioéthique mardi dernier. Le texte a été voté à une large majorité : 359 voix pour, 114 contre et 72 abstentions. Trente-quatre articles le composent, le grand acquis de cette loi reste l’accès à la PMA pour toutes les femmes quels que soit leur régime matrimoniale leur orientation sexuelle ainsi que la possibilité d’accès aux origines des enfants nés de PMA à l’âge de leur majorité.

Il n’a fallu pas moins de de quatre-vingt heures de débats pour accoucher de ce texte. Du côté de la droite bien-pensante, l’opposition a été farouche. Ainsi chez les LR les personnalités comme Xavier Bertrand, Marc Lefur, Patrick Hezel ont fustigé « l’effacement du père », au nom de la sacro-sainte famille traditionnelle fondée sur le couple hétérosexuel et les liens du sang !

L’effacement du père ? Je me demande à quel père font référence ces prestigieux penseurs de droite. Est-ce des nouveaux pères dont il s’agit, c’est-à-dire de ces pères qui partagent à égalité les tâches ménagères et s’occupent de leur enfant tout autant que leur épouse. Ou bien est-ce de ce père ancien modèle qui a autorité sur la famille et laisse à son épouse le travail domestique et l’éducation des enfants, sa préoccupation essentielle étant sa réussite professionnelle. Derrière cette distribution des rôles, il y a une certaine représentation du masculin et du féminin.

Cette loi est vécue par ceux qui sont dans les rangs de « La manif pour tous » comme un affront au père. Regardons comme à notre habitude les choses de plus loin. En réalité cette loi c’est beaucoup plus, c’est le terme d’une histoire patriarcale qui remonte… à la préhistoire. C’est la fin du grand mythe de la virilité. 

Les historiens sont à peu près d’accord pour dire qu’il n’y a pas eu au commencement de l’humanité un matriarcat primitif. En tout cas les femmes n’ont pas, aux premiers temps de l’histoire, exercé sur les hommes le même type de pouvoir que celui qu’ils leur imposeront ultérieurement. À aucune époque les femmes n’eurent le droit de les battre, de les enformer, de les mutiler, de les marier de force, de les agresser sexuellement, de les commercialiser. Ce droit que les hommes s’arrogeront presque partout sur les femmes.

Pourtant dans un lointain passé, un modèle de répartition des pouvoir à égalité entre femmes et hommes aurait précédé la culture patriarcale. Ainsi l’Égypte ancienne compta des pharaonnes (Hatchepsout et Cléopâtre), des femmes hauts fonctionnaires, ou médecin, ainsi Pesechet la première femme médecin de l’histoire. Chez les Iroquois, tribu matrilinéaire, ce sont les femmes qui possèdent les terres, organisent le travail agricole et disposent d’un droit de veto sur les décisions masculines. Il faut retenir qu’après des dizaines de millénaires marqués par des rapports équilibrés entre les sexes, « le monde va peu à peu basculer dans une ère absolument nouvelle, une ère radicalement androcentrée. »[1]

On comprend que pour nos élus de droite, la fin du patriarcat soit bien difficile à concevoir…En réalité cette loi bioéthique parachève la voie ouverte par Christiane Taubira avec le mariage pour tous.  Désormais deux femmes vivant en couple pourront engendrer et élever un enfant, c’est une révolution sociétale majeure, qui met fin à l’ordre millénaire de la patrilinéarité.  

Revenons à la loi et à la possibilité d’accès aux origines. Je trouve que c’est une mauvaise idée. D’abord parce qu’elle va accentuer la pénurie en gamètes. Mais surtout parce que c’est un non-sens du point de vue psychologique. Car, si un enfant parvenu à sa majorité souhaite avoir accès à ses origines pour se construire, argument avancé par le législateur, c’est à mon sens que ses parents auront échoué à son éducation. Car c’est la relation nouée à la prime enfance qui prime pour la construction d’un individu. Mais ne soyons pas si sévère, les parents les mieux intentionnés peuvent se trouver devant cette situation. Reste à savoir ce que cet enfant devenu adulte peut apprendre de cette démarche, car en réfléchissant bien, le génotype dont un enfant hérite d’un donneur n’est qu’une possibilité parmi une multitude de génotypes possibles.


[1] Olivia Gazalé, le mythe de la virilité, un piège pour les deux sexes, Robert Lafont, Paris 2017, p. 42.

Laurent Vercoustre

10 Commentaires

  1. Pour Laurent VERCOUSTRE,
    Bonjour, Je viens d’écrire un commentaire en vue (si vous l’en jugez digne !), de publication. J’ai été chef de service de pédiatrie-néonatologie durant 26 ans, à l’hôpital d’AGEN, après dix ans de temps partiel, et cinq ans de remplacements, essentiellement de médecine générale… L’an dernier, j’ai pris un immense plaisir à en écrire le souvenir, et surtout, les réflexions que cela m’entraînait, quant à l’évolution de la médecine de notre pays, l’éthique, personnelle et de notre profession qui m’a toujours conduit… Et j’y ai abordé quelques grandes idées, la PMA, la GPA, les manipulations génétiques…
    Peut-être avons-nous les mêmes préoccupations ? En tous cas, merci de ce blog ! Bien confraternellement, MJ

  2. En tant qu’ancien pédiatre, pas du tout homophobe (!), avec uniquement l’objectif de la sauvegarde des droits et du bonheur de l’enfant, j’ai plaisir à vous donner mon avis, tout simple.

    1°- les « droits de l’enfant », priment les « droits à enfants » d’adultes demandeurs. Enfants sans voix et sans défense, à la Société de veiller au respect de leurs droits, toujours avec humanité et bienveillance vis-à-vis des « demandeurs », mais sans faiblesse et sans démagogie ;

    2°- parmi ces « droits de l’enfant », il y a le droit à son intégration correcte dans l’Humanité, ce qui oblige les adultes qui l’entourent et qui l’éduquent, à lui faire comprendre sans ambiguïté qu’il a bien été conçu d’un homme et d’une femme, comme tous ses petits camarades (pas de deux papas, ou deux mamans (attention aux dérives des inscriptions scolaires !), même si deux hommes ou deux femmes peuvent fort bien être capables de l’élever, et avec affection ! Je le répète : je ne suis pas homophobe ! Chacun a droit à organiser au mieux son bonheur sur cette Terre !)

    3°- et cet enfant a le droit de savoir qu’il pourra, au plus tard à sa majorité, avoir accès à l’identité des donneurs des gamètes dont il est issu, sans que cela lui donne un quelconque autre droit sur ces personnes ou leur entourage, et réciproquement. Les « liens du sang », pourtant simplement symboliques, ont aujourd’hui un tel impact psychologique que la privation de ce droit nuit, en général, gravement à la personnalité. Au point, souvent à partir d’un certain âge, de faire passer au second plan, l’attention de tous les instants, les discrètes remises sur le droit chemin, l’énoncé de barrières précises, l’accompagnement des frictions avec la réalité que l’on appelle frustrations, et l’incommensurable don de soi que cela suppose en permanence, de la part des « parents naturels ou adoptifs, éducateurs de tous les instants ».
    Voir mon livre : « Le miracle permanent » Lib MARBOT Périgueux
    ou par internet, miracle.permanent@orange.fr

  3. Ca c’est encore à démontrer. Les lois quelles quelles soient n’ont jamais rien pour contre les réalités de la vie.

    Les crises à venir notamment celle en rapport avec le climat devrait à moyen et long terme avoir l’effet totalement inverse.

  4. « accès à la PMA pour toutes les femmes quels que soit leur régime matrimoniale.. » : C’est faux car cela ne concerne pas les veuves. Alors bien sur, on me dit que la veuve que je suis pourrait avoir un autre enfant avec du sperme anonyme. Mais c’est l’enfant de mon mari que je veux, celui dont nous avions choisi les prénoms, dont nous avions parlé avant que la maladie l’emporte.

    • Des bien-pensants pensent que les non-pensants dépouillent les femmes de leur privilège d’enfanter, volent à humanité son patrimoine génétique, dérobent aux enfants le droit à avoir un père et une mère. Ils pensent que les mal-pensants, majoritairement d’une gauche -homard font entrer la procréation artificielle dans le marché international du proxénétisme gestationnel. Aujourd’hui, ce sont les gamètes artificielles, les ovaires artificiels, demain l’utérus artificiel, l’embryon artificiel, le génome artificiel, tous brevetables : des brevets à la pelle dans le triangle des Bermudes avec les conflits d’intérêt en toute impunité pour tous ces artifices qui évinceront l’Homme de sa nature humaine.
      Le double don n’ouvre pas la porte à la connaissance des origines ni à l’identité. La reconnaissance anticipée des parents d’intention a la valeur d’un pet de chimère homme-cochon, (oxymoron) ou de promesses électorales. Les embryons abandonnés dans les congélateurs du CECOS sont la preuve des milliers de projets parentaux avortés.

      Le proxénétisme procréatif et l’esclavage gestationnel sont en marche. Personne ne peut prévoir ce qui sortira de cette boite de Pandore, du mauvais ou du bon génie génétique.
      Les biocons bienpensant voudraient juste que le principe de précaution et l’honnêteté intellectuelle prévalent.

      • Dommage, votre anti manif pour tous primaire rend votre propos moins audible. Il y a des penseurs de gauche , des pédopsychiatres de gauche qui ne sont pas d’accord avec vous. La question centrale : où est l’intérêt de l’enfant ? Et cela ne relève pas de la politique .c’est ce genre de pensées arbitraires et dogmatiques qui n’a pas permis de dialogue ouvert , les contre la loi étant d’office étiquetés de réactionnaires.

  5. ne pas confondre matri/ patrilinearité ( filiation ) et patriarcat /matriarcat ( pouvoir , gouvernance etc ) et ne pas prendre des cas particuliers pour des paradigmes
    et 2 femmes en couple ou pas peuvent très bien élever ensemble un enfant mais pas l’engendrer au sens etymologique du terme
    ceci independamment des opinions de la manif pour tous ou autres et de l’opinion qu’on peut avoir sur ce sujet civilisationnel sur lequel on peut relire aussi S Agacinski

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