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Quand big pharma prend notre santé en otage

« La politique de la France ne se fait pas à la corbeille » disait de Gaulle. Aujourd’hui c’est notre santé qui se joue à la bourse.  Les grandes firmes pharmaceutiques ont pont pour finalité non pas la santé des populations mais le profit. Si le la pandémie du covid-19 est vécue de par le monde comme une catastrophe sanitaire, elle est perçue par le laboratoire Gilead comme la promesse d’un marché planétaire et de bénéfices colossaux.

Gilead attendait cette aubaine depuis plusieurs années et se préparait à une vaste opération commerciale pour promouvoir son antiviral le remdesivir. Avec le covid-19, l’occasion était trop belle, le laboratoire se devait d’imposer le remdesivir par tous les moyens. Il lui fallait d’abord se garantir le soutien des grandes institutions. Au mois de janvier 2020, Gilead obtient le soutien de l’OMS, dès le mois de février, aux États-Unis, celui du celui du National Institute of Allergy et de son célèbre directeur Anthony Fauci. En France ce sont, au mois de mars, les membres les plus influents du Conseil Scientifique puis ceux du Haut Conseil de la Santé Publique qui cautionnent le remdesivir. Le 25 juin dernier, l’Agence européenne des médicaments (EMA) recommande le médicament.

Gilead va plus loin, il crée le besoin en laissant entrevoir un risque de pénurie, et ainsi l’acheteur se précipite pour faire son stock « au cas où ». C’est ainsi que Gilead a obtenu des américains une commande massive de leur produit et que l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) s’est empressée de faire savoir que « La France s’est assurée de de la disponibilité de doses suffisantes de ce médicament ».

Mais il y a une ombre au tableau : c’est l’hydroxychloroquine. Cette vielle dame de notre pharmacopée, promue par le professeur Raoult, risque bien d’anéantir les rêves de Gilead.  D’autant que son prix est dérisoire comparé à celui du remdesivir : la dose de médicament est produite pour un coût d’environ 10 $, mais Gilead a fixé le prix à 390 $ par flacon dans tous les pays développés, soit 2 340 $ pour un traitement normal de six flacons en cinq jours. Le nombre de personnes dépistées positives au coronavirus dans le monde dépasse 10 millions, le bénéfice potentiel se chiffre donc en dizaines de milliards de dollars.

Gilead, pour arriver à ses fins, doit donc déconsidérer toute solution alternative. Pour discréditer son ennemi numéro 1 l’hydroxychloroquine, tous les moyens sont bons. Ce vieux médicament prescrit dans le monde entier depuis des décennies s’est vu attribuer une redoutable toxicité cardiaque. Pourtant les études ne manquent pas pour montrer la bonne tolérance globale de l’hydroxychloroquine. Le Professeur Éric Chabrière rappelle qu’une étude sur 800 femmes enceintes a démontré l’innocuité du médicament. L’énormité du mensonge devrait plaider pour l’hydroxychloroquine et on comprend mal l’incroyable inconscience de nos responsables politiques qui ont interdit chez nous la prescription du médicament…. D’autant que dans le même temps des études montrent des effets indésirables du remdesivir et une efficacité toute relative. A supposer que l’efficacité de hydroxychloroquine soit définitivement prouvée, on peut s’attendre à un véritable lynchage de nos politiques ! Si l’on regarde les dernières publications, le vent est en train de tourner en faveur de l’hydroxychloroquine !

On peut suivre le match remdesivir hydroxychloroquine à travers les fluctuations de l’action Gilead à la bourse. Avec le début de la pandémie, l’entreprise qui pesait 100 milliards de dollars, a bénéficié d’une valorisation de 30 milliards de dollars. Depuis l’action fluctue en fonction des annonces. Quand l’université de Chicago communique des résultats prometteurs pour le remdesivir et quand le conseiller de Donald Trump Anthony Faucy soutient le médicament l’action s’envole. Les baisses de l’action sont corrélées aux publications de l’IHU de Marseille.  L’ampleur de ces fluctuations est de l’ordre de 10 milliards de dollars.

La combat qui oppose Gilead à Didier Raoult tient du combat de David contre Goliath. Du côté de Gilead le lobbying marche à fond. Il est soutenu par certaines revues qui ont publié des articles falsifiés. Je ne reviendrai pas sur Lancet Gate qui illustre la crise scientifique que nous traversons. Ce lobbying est aussi le porté par des médecins qui tiennent des rôles consultatifs ou exécutifs dans les hautes instances (Conseil Scientifique, Haut Conseil de la Santé Publique). France-Soir, dans un article qui a fait sensation, dévoile le Top 13 du classement des revenus récents versés par l’industrie pharmaceutique à la communauté médicale[1]. Les 13 médecins ont reçu des sommes plus ou importantes de Gilead et ont participé à la promotion du remdesivir ou ont critiqué l’hydroxychloroquine. « La Palme d’Or revient au Pr François Raffi de Nantes. 541.729 €, dont 52.812 € de Gilead. Est-ce un hasard si on nous apprend que le coup de téléphone anonyme pour menacer Didier Raoult, s’il persistait avec l’hydroxychloroquine, est parti du téléphone portable du service d’infectiologie du CHU de Nantes, dont François Raffi est chef de service ? Sûrement une pure coïncidence ».

Les conditions qui ont été imposées au traitement de Marseille pour être reconnues comme valides sont totalement différentes de celles qui ont été accordées au remdesivir. Celui-ci bénéficie en effet de facilités scandaleuses quant à sa recommandation par l’agence européenne des médicaments.  Il y a une inégalité de traitement tellement spectaculaire qu’on ne peut voir dans cette différence que le jeu d’un travail d’influence et de manipulation des autorités.

Le choc entre Gilead et L’IHU de Marseille, personnalisé par Didier Raoult, a mis au grand jour dans l’espace public les manœuvres frauduleuses qui gangrènent notre médecine. Le phénomène ne date pas d’hier. Déjà en 2005, la chambre des communes du parlement britannique avait publié un rapport extrêmement approfondi. Ce rapport concluait que les intérêts de l’industrie pharmaceutique primaient sur la santé des populations. Big pharma a infiltré les étages décisionnels à tous les niveaux de la formation, de la recherche, de l’enseignement et des décisions politiques. Espérons que Didier Raoult et son hydroxychloroquine gagne la partie et inflige à big pharma sa plus retentissante défaite !  


[1] http://www.francesoir.fr/societe-sante/top-13-des-revenus-annuels-recents-verses-par-lindustrie-pharmaceutique?fbclid=IwAR3q6a3kC8ox9hgO5xmwkvUNPQVzSiwQchlZG8ueFHvZUnDEJEFspu7BYJ0

Laurent Vercoustre

23 Commentaires

  1. pour moi aussi , le terme « BIG PHARMA » prouve d’emblée le parti-pris, courant dans la mouvance de gauche et d’extrême-gauche..A charge d’emblée…Seulement sans les « BIG PHARMA » , nous en serions encore aux saignées et aux décoctions de tout genre…

  2. Si le traitement du Prof Raoult est inefficace il va falloir prouver que ce dernier a triché. Avec 3700 patients pris en charge avec de très bons résultats, cela va être très, très difficile

  3. https://www.inesss.qc.ca/fileadmin/doc/INESSS/COVID-19/Chloroquine_final.pdf
    https://www.nejm.org/doi/pdf/10.1056/NEJMoa2019014?articleTools=true
    Voici 2 publications intéressantes concernant le traitement par HCQ associé ou non à l’Azithromycine : d’abord une analyse de la littérature qui montre que la quasi totalité des études sont des études rétrospectives exposés non exposés et comportent toutes, comme les 2 études que vous présentez des biais méthodologiques majeurs que ce soit en faveur ou en défaveur de ce type de traitement . Quant à l’essai contrôlé randomisé en ouvert du NEJM qui vient d’être publié, son niveau de preuve est nettement supérieur à toutes les études précédentes : il ne montre aucune efficacité de ce traitement chez les personnes chez qui il a été prescrit en moyenne au bout de 7 jours de manifestations cliniques ou au bout de 24 heures d’hospitalisation. C’est un essai en intention de traité,comportant initialement 630 patients . Pour la conclusion finale, ils ont retenus les 504 qui avaient une RT-PCR positive . Ils ont changé le critère de jugement principal sur le nombre de niveaux de gravité passant de 6 à 7, mais ça n’impacte pas le résultat . Ce travail est rigoureux malgré ses limites . A noter qu’une proportion importante de patients de tous les groupes avaient reçu ce traitement pendant 24 heures, ce qui est logique, ce traitement étant administré presque systématiquement chez les patients hospitalisés; ils ont exclus ceux qui l’avaient reçu plus longtemps avant la randomisation. Le suivi porte sur 15 jours après la randomisation, soit 3 semaines après le début des premiers symptômes . Il n’est apparu aucun bénéfice ni sur le passage en réanimation, ni sur la mortalité . La seule limite à cette étude est l’absence de données concernant les autres médicaments prescrits dans chacun des groupes . Cependant les données concernant les autres anti-viraux potentiellement associés( Lopinavir, Remdévisir ou autres) ne sont pas en faveur de l’efficacité sur le risque de décès et n’impactent probablement pas les résultats . Contrairement à ce que vous affirmez le vent tourne fortement en défaveur de l’efficacité de l’HCQ associé ou pas à l’Azithromycine . Il faut en outre noter que le bras HCQ a été interrompu dans l’essai contrôlé randomisé RECOVERY en absence de son efficacité; on attend évidemment la publication . Que Big Pharma impacte impacte fortement certaines recommandations à partir d’ essais de qualité médiocre comme celui effectué avec le Remdévisir, n’implique absolument pas que l’HCQ ait une quelconque efficacité . Je pense que l’ensemble des essais clinique en cours ne montrera aucune efficacité , sur des critères robustes, des traitements testés. Penser qu’en 6 mois on peut disposer d’un antiviral efficace, relève de l’utopie, quand on sait qu’au bout d’un siècle , on ne dispose toujours pas d’un traitement de la grippe, les essais avec le Tamiflu du laboratoire Roche ayant été manipulés.

    • Merci pour cette réaction très documentée. Vous avez raison, le vent ne tourne pas en faveur de l’HCQ. les études tombent les unes après les autres montrant son inefficacité. Et on peut considérer aujourd’hui que la partie est perdue pour l’HCQ !

  4. Rien que l’utilisation du terme Big Pharmacie qui sous-tend la théorie du complot m’empêche d’adhérer à votre thèse.. cela entraîne des débats partisans ( pour ou contre Raoult ..) peu scientifiques. Dommage

  5. Les stylos prescripteurs subissent des contraintes majeures que les médecins plus âgés n’ont pas connu en début d’exercice, mais les jeunes sont formés à l’obéissance et à la lecture des articles consensuels c’est à dire faisant consensus entre l’autorité médicale officielle (aux ordres) et le politique ou législatif (aux ordres).

  6. Tous les experts ont par définition des relations d’argent avec les laboratoires et donc faire état d’un lien financier entre Gilead et tel médecin n’est pas en soit suffisant pour qualifier ou disqualifier. Ces liens ont ils été déclaré ? étaient-ils connus ? ces médecins se sont ils déportés au moment de la décision ? sont autant d’éléments à rechercher pour appuyer vos accusations . En admettant que votre thèse soit juste cela ne plaide en aucun cas pour l’efficacité de HCQ ni pour tenter de réhabiliter un scientifique qui s’est complètement disqualifié en tant que tel par sa communication et ses pseudos essais .

    • Et si nous réfléchissions ensemble au lieu d’être pour ou contre l’HCQ..
      Oublions la polémique Raoult et revenons au bon sens.

      Si vous aviez connaissance d’un traitement éventuellement efficace sans que cela soit sûr (échantillon trop petit, non respect des règles, etc), dans le cadre d’une maladie pour laquelle il n’existe aucun traitement et qui serait parfois mortelle, que fairiiez vous ? N’auriez vous pas envie qu’un étude soit faite dans les règles et avec 1 échantillon representatif ? S’i était techniquement possible de faire cette étude, que choisiriez vous entre la faire ou la refuser ? Pour ma part je souhaiterais la faire, pour savoir une bonne fois pour toute si ce traitement est efficace ET exploitable ou bien s’il est inefficace et donc qu’il faudrait passer à autre chose.
      Dans un deuxième temps, toujours en émettant des hypothèses, imaginons que l’étude ait été faite uniquement sur des patients hospitalisés et qu’elle n’ait pas prouvé l’efficacité du traitement. Si l’on vous affirmait que c’est au tout début début de la maladie que le traitement pourrait être efficace (stade 1) et qu’au stade de l’hospitalisation (stade 2) il serait trop tard, souhaiteriez vous en avoir la preuve ? Si pour avoir cette preuve, il fallait faire une étude uniquement sur les patients de la médecine de ville, diriez vous que l’étude faite au stade 2 est extrapolable au stade 1 et que toute autre étude serait inutile, ou bien, fairiez vous l’étude au stade 1 ? Enfin si l’on vous proposait de faire gratuitement l’étude sur un grand échantillon et que vous aviez juste à fournir le médicament et que l’on s’engage à faire 1 ECG à chaque patient de l’étude…. La refuseriez vous et pour quels motifs ?

      • Désolé, ayant rédiger mon commentaire sur 1 smartphone, très rapidement avant d’être en panne de batterie, il y a d’énormes fautes de français dans ce commentaire.
        Merci de lire « que feriez vous ? », et vers la fin « feriez vous l’étude au stade 1 ».
        Toutes mes excuses pour ces fautes et merci pour tous vos articles . C’est toujours un plaisir de vous lire !

  7. Le denonciation d’une anomalie (Remdesivir) ne dispense pas de garder sa lucidite sur les delires des promoteurs d’une autre molecule (HCQ). Vous perdez la raison et vous citez la pire presse de caniveau comme reference.
    Quelle faillite !

      • La promotion de Remdesivir est tres contestable car elle s’appuie sur des donnees d’une tres grande faiblesse. C’est exactement la meme chose pour l’HCQ. Pour ces deux molecules, l’efficacite est nulle ou tres faible. Et c’est cela le point le plus important.
        Que l’HCQ soit moins chere ne change pas le fait qu’elle ne sert a rien.

        C’est certainement pertinent de s’attaquer au lobbyisme pharmaceutique. Mais faire la promotion d’une autre molecule qui ne fonctionne pas simplement parce qu’elle est moins chere decredibilise cette mise en garde (parfois justifie) du lobbying pharmaceutique.

        La reference a France soir fait vraiment tache. Ce site a perdu tout qualification de media depuis son rachat. Il n’a plus rien a voir avec le journal papier qui portait son nom. C’est devenu le dernier tabloid a la mode.

        • Désolé,, il me semble que le problème est légèrement différent. Je ne sais absolument pas si l’HCQ ou si l’azithro sont efficaces au stade 1, c’est à dire en médecine de ville. Par contre je suis scandalisé que l’étude n’est pas encore débuté en médecine de ville. On saurait définitivement si ces molécules sont efficaces ou non et ce débat complètement stérile serait clos. Rappelons que la.Carmfavait proposé de faire cette étude, mais que Véran à donné 1 fin de non recevoir….

        • @ Akira
          Concernant France-Soir la seule question valable est: est-ce que son article est vrai ou faux. On ne juge pas un article en fonction de celui qui l’a écrit (c’est du procès d’intention) mais en fonction de la véracité de son contenu. J’attends vos rectifications des erreurs de France-Soir.

    • Cet exposé est intéressant en lui-même mais également parce qu’il suscite des réactions intéressantes. Celle d’Akira par exemple, qui évoque une presse de caniveau alors même que The Lancet vient de nous apprendre à nous méfier de toute lecture. Et que l’injure n’est pas un argument. Ensuite, Chenique qui nous renvoie sur un texte de formindep très intéressant et avec lequel on ne peut qu’être d’accord. Pas totalement pour moi: Raoult a toujours dit ses liens de financement, en particulier avec Merieux. Et si ce dernier se positionne pour les tests, Raoult l’a informé un peu tardivement, non? On ne peut pas accuser Raoult de vouloir enrichir les laboratoires avec son HC à bas prix. Ce qui n’est pas le cas ailleurs. Dire également que la justice s’est rendue libre ne me parait pas le meilleur exemple dans ces temps qui courent. Enfin, la revue Prescrire n’est pas infaillible et ses prises de positions n’ont parfois rien à voir avec l’exercice de terrain qui est la réalité et non un champ d’étude statistique à la lumière de lectures dites savantes. Ceci est mon opinion. Autant discutable qu’Arika et Chenique. Alors merci, Laurent Vercoustre.

    • La revue Prescrire à cité de multiples études prouvant que si l’on recevait des « cadeaux » de la part des laboratoires (repas, stylos, post-it, etc), cela influençait les prescriptions, même modérément
      Nous avons déjà constaté avec le médiator (et avec d’autres molécules), que les experts ayant des liens avec les laboratoires pharmaceutiques étaient influencés dans leur jugement (inconsciemment ou….consciemment).
      Que la liste des 13 personnes ayant les plus gros liens d’intérêt avec Gilead soit publiée dans le journal À ou B ou C, ne change rien au fait qu’elle est exacte !!!! Si vous êtes honnête, vous ne pourrez pas le nier.
      Bien confraternellement.

  8.  » les manoeuvres frauduleuses qui gangrènent notre médecine » ne peuvent aboutir que dans la mesure où existent des stylos prescripteurs complaisants ou ignorants. De préference les deux à la fois.
    Cet article mérite une large diffusion, c’est un cas d’école remarquable.
    Il en faudrait tellement d’autres !
    Alors, merci l’auteur.

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