Le rapport Molimard répond à une lettre de mission émanant de Yannick Neuder. Il a pour objectif de s’opposer à la désinformation dans le domaine de la santé. Il est signé par Mathieu Molimard, Dominique Costagliola et Hervé Maisonneuve. Il a été remis à Yannick Neuder 12 janvier 2026.
C’est vrai, le monde dans lequel nous vivons, dominé par l’internet, a quelque chose de très inquiétant. Internet nous éclabousse d’une multitude de vidéos sur la santé. Dans cette multitude le pire côtoie le meilleur. Nous ne savons plus distinguer le vrai du faux. Ce qui nous rend poreux à la désinformation. Le rapport Molimard propose des stratégies pour lutter contre cette désinformation. Je crains qu’il ne fasse fausse route. En voici les raisons.
Je saisis d’abord au vol une phrase concernant les vaccins dont il est question au chapitre 4 quand vous recensez les thèmes de désinformation. Vous déplorez : « une mise en avant disproportionnée d’effets indésirables réels ou supposés des vaccins » On sent percer dans cette phrase comme une mise en garde de toute critique à l’égard des vaccins. La vaccination traîne derrière elle un long passé de conflits passionnels entre provax et antivax. Ces prises de positions, même si elles ont perdu de leur radicalité, n’ont pas vraiment disparu, et on retrouve constamment dans le discours de santé publique une tendance à installer la vaccination dans le registre du sacré. Celle-ci n’est pas considérée comme une procédure thérapeutique capable d’engendrer le meilleur comme le pire, le meilleur comme le triomphe de la vaccination antivariolique le pire comme le désastre sanitaire de la vaccination contre la covid. C’est pourquoi affirmer une position systématiquement favorable ou défavorable pour une procédure n’a pas de sens. La question : êtes-vous « pour » ou « contre » la chirurgie est incongrue?
La vaccination se présente sous des formes très variées. Cette diversité en est même l’une des caractéristiques majeures. Dans le discours de santé publique le mot vaccination tend à fonctionner comme porteur d’une valeur positive implicite. Ce qui, en définitive, compromet l’objectivité dans l’évaluation scientifique des vaccins.
Que propose ce rapport pour lutter contre la désinformation ? La mesure phare du rapport repose en un mot sur le développement des capacités critiques du citoyen pour décrypter toute information relevant de la désinformation. Voici les termes du rapport « l’insuffisance d’esprit critique dans la population constitue le principal facteur de vulnérabilité face à la désinformation en santé. » Il faut donc promouvoir cette capacité « dès le plus jeune âge et tout au long de la vie ». Cette exigence s’étend au domaine scolaire en préconisant de: « Développer une éducation à l’esprit critique dans les parcours scolaires et périscolaires. » Elle vise particulièrement les journalistes. Enfin le rapport propose pour développer ce sens critique un module obligatoire d’infodémiologie dans les formations des futurs professionnels de santé, Il propose aussi de faire de l’infodémiologie une priorité de recherche.
Comment peut-on concevoir une pareille stratégie ? La question de la vérité scientifique est d’une extraordinaire complexité. La faire reposer sur l’aptitude critique des citoyens et des enfants relève d’une ahurissante naïveté. La capacité à défendre la vérité scientifique ne repose pas seulement sur un savoir qu’on aurait acquis au terme d’un enseignement comme l’infodémiologie mais sur une profonde culture scientifique. La science ne procède pas d’affirmations isolées indépendantes les unes des autres qu’il serait facile d’apprendre par cœur mais sur une vision globale du domaine scientifique concerné.On ne peut attribuer à une pédagogie générale ce qui exige des institutions des recherches robustes, des données accessibles et transparentes et un débat contradictoire réellement organisé.
Ce rapport ne distingue pas suffisamment le mensonge, l’erreur, l’incertitude, la contestation et la controverse scientifique. Il n’accorde aucune place à cette dernière. Les premiers assauts du virus au début de la crise du covid avaient suscité de mémorables controverses, sur le confinement, le port du masque, l’éventualité d’une seconde vague, les traitements précoces, l’hydroxychloroquine d’abord, puis l’Ivermectine. Aucun des protagonistes ne pouvait être suspect d’un manque de culture scientifique. Où est la place dans cette situation d’un citoyen aussi éduqué soit-il à l’esprit critique? Ces controverses se sont dénouées au fil du temps grâce à l’accumulation d’études et non du fait de citoyens ayant passé avec succès leur diplôme d’infodémiologie !D’autres controverses résistent au temps et continuent d’opposer des chercheurs qui, de part et d’autre, revendiquent des arguments scientifiques. C’est le cas de la controverse du cholestérol. Vous vous situez certainement dans un camp. Allez-vous décréter que l’autre camp est celui de la désinformation, ou allez-vous assumer le doute, l’incertitude qui sont au cœur de la démarche scientifique ?
Par ailleurs Monsieur Molimard, en vous battant en face à face contre la désinformation vous savez que vous allez trouver sur votre chemin une puissance qui vous dépasse. Je veux parler des GAFA. C’est sur ces GAFA que court la désinformation. Vous proposez une stratégie nationale face à une puissance informationnelle mondiale dont vous reconnaissez vous-même qu’elle échappe largement aux institutions nationales.
L’autre volet du rapport concerne le contrôle de l’information médicale. Et dans cette optique vous allez créer deux nouvelles structures. Un observatoire de l’information en santé et un conseil scientific « Cet observatoire doit devenir le point d’entrée public de l’information de santé fiable en France. Il est coordonné par un comité de pilotage qui s’appuie sur un conseil scientifique. » Voilà deux nouvelles structures qui vont s’ajouter à toutes celles existantes. Rappelons la complexité de notre système de santé. Ministère de la santé divisé en quatre directions[1] auxquels s’ajoutent un corps d’inspection générale (IGAS) [2] et quelques dix-huit organismes administratifs, dont les plus connus sont la Haute Autorité de santé (HAS), l’Agence nationale de sécurité du médicament, l’Agence de biomédecine, l’Établissement français du sang etc…
Et cerise sur le gâteau vous confectionnez pour évaluer la qualité de l’informations médicales un infoscore. Infoscore d’une particulière complexité qui repose sur une évaluation chiffrée de chaque critère. Ainsi des critères comme la transparence des liens d’intérêt, la validation scientifique du contenu sont notés de 0 à 10. Cet infoscore cède à une dérive de notre modernité qui consiste à croire qu’un chiffre est plus précis qu’un mot. C’est pure illusion. Le philosophe Emmanuel Kant nous rappelle qu’une notion abstraite n’est pas mesurable.
Regardons maintenant ce qui fait cruellement défaut à cet imposant édifice. La finalité du rapport est bien de s’opposer à une désinformation qui, en détournant les patients de protocoles thérapeutiques scientifiquement reconnus, pourrait mettre leur santé en danger. Une information diffusée sur Internet peut-elle, à elle seule, être tenue pour responsable d’un comportement sanitaire ? Combien de patients renoncent effectivement à un traitement en raison d’une information considérée comme désinformante ? Combien d’événements indésirables, d’hospitalisations ou de pertes de chance peut-on lui attribuer ?On cherchera en vain, dans le rapport, une véritable quantification de cet impact sanitaire. Avant de déterminer comment combattre un phénomène, encore faut-il en mesurer les conséquences réelles. Puisque le rapport propose un dispositif ambitieux, intrusif et potentiellement répressif il doit rendre compte de la proportionnalité entre le dommage documenté, les moyens engagés, les libertés affectées et les résultats attendus.
Et naturellement votre dernier chapitre s’intitule « Sanctions ».
Je crois enfin, Monsieur Molimard, que créer une police de la vérité scientifique est un mauvais horizon de pensée, car elle peut au contraire la mettre en péril. Ce qui peut s’opposer à la désinformation, ce n’est pas une instance unique qui distinguerait une fois pour toutes ce qui est vrai et ce qui est faux. Une démocratie sanitaire ne doit pas conduire à désarmer la critique. Car le danger n’est pas seulement de croire au faux. Il est aussi d’accoutumer les citoyens à ne reconnaître le vrai que lorsqu’une institution leur en a donné le label. C’est la circulation des idées, leurs incessantes confrontations qui fait émerger la vérité scientifique.
Cher Confrère,
Merci de remettre l’église au milieu du village.
Oui aucune instance rigide ne saurait contrôler l’information scientifique, c’est le propre même de la science de se libérer de ces carcans stupides des censeurs de la vérité ce qui l’a cartonnée longtemps dans l’inquisition de ses hérétiques.
Molimard et ses 2 acolytes sont l’archétype de la science contrôlée et manipulée par les convergences systémiques d’intérêts des politiques au service des firmes pharmaceutiques.
Il faut les combattre comme vous le faites, comme le fait le FORMINDEP et parfois quelques rares scientifiques encore indépendants, de moins en moins nombreux. Confraternités
Merci!
À force de critiquer les institutions on participe à la désinformation !!!
c’est un peu court, votre critique mériterait d’être argumentée plus sérieusement
La critique que vous faites peut parfaitement s’appliquer au complotisme par effet miroir ! Tout cela mérite donc de la nuance comme toujours devant des situations complexes, base de l’exercice des soins.
Désolé mais le discours Molimard ne fait pas dans la nuance, il est primaire. « tout cela mérite donc de la nuance comme toujours devant des situations complexes »que voilà une généralité bien insipide !,
Pour répondre à docteur le Francois et ce sujet en général étant moi même une presque ancienne généraliste je pense que l’espoir (et la circulation de l’information pretendue vraie ou fausse ) réside dans l’investissement du professionnel de santé et la qualité de sa relation avec ses patients . Plutôt que de compter sur des politiques ou informations de sources diverses et non contrôlables nous pouvons les utiliser comme outil , base de discussion réelle avec les patients pour un choix éclairé et personnalisé
En bref = l’éducation en santé comme en tout commence par une relation singulière et non pas communautaire ou pire politique
Sommes nous encore capable de cette relation privilégiée et enrichissante pour tous ?
Merci pour cet exposé très clair, cher confrère. En fait, on pourrait faire un court résumé : c’est la mis en place du ministère de la vérité. Interdiction d’avoir un avis contraire.
merci Picot, heureusement que vous êtes là comme mon dernier lecteur, Ils sont tous sur les réseaux sociaux.!!
Très bien vu cher confrère. Un long développement très fouillé. On pourrait résumer ainsi cette soit disant lutte contre la désinformation : c’est la mise en place du ministère de la vérité. Défense de contester.
Bravo pour cet article très détaillé et très juste. Moi, si j’en avait eu l’occasion, je n’aurai accordé aucune ligne à une critique d’une mission confiée au triumvirat infernal Molimard, Dominique Costagliola et Hervé Maisonneuve.! Aucun crédibilité quand on voit leurs liens et conflits d’intérêts et le pousse au crime lors de l’épisode Covid. Ont-ils dénoncé l’usage du Rivotril pour les pauvres vieux malades ? Ont-ils dénoncé l’interdiction d’aller visiter et soutenir nos anciens malchanceux d’être en EHPAD ? Pour moi ni oubli ni pardon ! A la poubelle leur rapport hypocrite !
J’ajoute que ces trois chevaliers de la « désinformation » ne font qu’appliquer la méthode de ce texte que j’ai pompé sur un autre site « »Le mot « complotiste » a pris, en une décennie, une fonction très précise : il n’ouvre pas un débat, il le referme.
Dès qu’il tombe, l’argument disparaît derrière l’étiquette, et celui qui la reçoit n’a plus à être écouté.
Orwell avait décrit ce mécanisme dans 1984, à travers le personnage de Syme, fonctionnaire chargé d’élaborer le novlangue.
Son objectif avoué : « restreindre les limites de la pensée« .
Quand un seul mot suffit à couvrir tout un champ de questions, la question elle-même devient impossible à formuler.
C’est ce renversement que Frédéric Lordon analysait dans Le Monde diplomatique en octobre 2017, sous un titre qui dit tout : Le complotisme de l’anticomplotisme. » C’est tut simple .
Merci cher Inoxydable pour ce commentaire comme toujours particulièrement intelligent.
Les complotistes sont bien ceux qui voient des complots là où il n’y en a pas, n’est-ce pas ?
Dans ce cas celui qui qualifie l’autre de complotiste, imagine un danger venant d’un groupe organisé comme le font tous les complotistes : C’est celui qui dit qui y est !
MERCI pour votre bon sens et votre rappel à un certain nombre de procédures de fonctionnement dans nos démarches pharmacologiques, thérapeutiques, et tout simplement médicales, bien loin d’être simples ou plutôt simplistes comme le fonctionnement de l’administration française, et de son mille-feuille (ubuesque !) au sein-même du ministère de la Santé.
Merci aussi pour votre façon si éclairante de décrire ces réalités (inquiétantes et désespérantes pour l’ancien généraliste que je suis) concernant notre monde de la Santé…dont le fonctionnement n’est pas confié (ou au moins guidé par) aux soignants du terrain.
Bien confraternellement,
Dr Jérôme Lefrançois