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Le grand débat ou la crise de la démocratie

Hier se clôturait le grand débat citoyen. Si l’on s’en tient aux chiffres c’est un franc succès : 1.100.000 contributions ont été faites en ligne, et 8.715 réunions publiques ont eu lieu.

Beaucoup voient dans ce débat la manifestation la plus pure de la démocratie : la démocratie directe ou, comme on dit encore, la démocratie participative.

Et si ce débat, loin de garantir la démocratie, ne la mettait au contraire en péril ? Car qu’est-ce que la démocratie ? Nous l’entendons comme le régime le plus efficace pour garantir les libertés. Pourtant l’étymologie nous rappelle que la démocratie c’est le pouvoir du peuple. Pour Mirabeau, grande figure de la Révolution française, il n’y a pas de pire danger que le gouvernement du peuple par le peuple.

Bien avant lui, Platon avait bien peu de considération pour la démocratie. Au Livre VII de La République, Platon décrit la manière dont on passe d’un régime politique à un autre. Il établit une sorte de classement de cinq régimes politiques. Pour le philosophe, l’aristocratie, le gouvernement des meilleurs, est le seul régime parfait. La démocratie n’occupe que la quatrième place juste avant la tyrannie !

Le grand débat n’est qu’une forme de théâtralisation de la démocratie. Or, Platon toujours, disait : quand la démocratie rentre en décadence, il se produit ce qu’il appelle théâtrocratie. Le grand débat réalise une mise en scène de la politique et notre président est bon spécialiste des mises en scène, on l’a vu au soir de son élection.

Si l’on regarde bien ce qui se passe dans les coulisses de ce grand théâtre médiatique, on voit que dans le même temps nos gouvernants s’attaquent aux libertés fondamentales.

Ainsi, le projet de loi anticasseurs qui prévoit le contrôle des effets personnels des passants : fouilles, palpations seront désormais des outils de contrôle. Création d’une interdiction administrative de manifester, d’un nouveau fichier des manifestants, aggravation des peines complémentaires. Autant de mesures sécuritaires particulièrement périlleuses pour un État de droit ! Car elles portent atteinte à des principes fondamentaux du droit : proportionnalité de la peine, liberté de manifester, droits de la défense, présomption d’innocence, droit à une procès équitable.

Je pense aussi à l’accueil réservé aux migrants.  La nouvelle loi asile-immigration, dite loi Colomb est une terrible machine à enfermer pour mieux expulser ! les centres de rétention administrative (CRA) sont des prisons qui ne disent pas leur nom. Prisons où l’on enferme des personnes étrangères qui n’ont commis aucun délit. Plusieurs suicides, des révoltes et grèves de la faim ont eu lieu, ces derniers mois dans plusieurs CRA.

Le grand débat devait mettre fin à la crise des gilets jaunes. Or l’un et l’autre ont en commun la volonté de court-circuiter les corps intermédiaires, les partis politiques et les syndicats, les associations.  Cette disparition des corps intermédiaires ne doit pas être interpréter comme un progrès de la démocratie mais comme sa régression. On ne peut se passer des corps intermédiaires. Sans cadre institutionnel, sans corps intermédiaires, il n’y a plus de structure pour contrôler la violence et les débordements en tout genre, on l’a vu avec la vague d’antisémitisme qui a surgi au milieu des gilets jaunes. Ce sont les institutions —l’école, les associations, les syndicats, la presse— qui permettent à l’individu d’accéder au statut de citoyen.

Hannah Arendt distingue l’individu distinct de tous les autres dans la vie privée du citoyen égal à tous les autres dans la vie publique. Sur les ronds-points avec leurs gilets jaunes ce sont les individus qui expriment leurs intérêts sous forme passionnelle et ces intérêts sont parfois inconciliables. Et dans les débats, on échange des généreuses banalités. Bref dans ces deux contextes, on déplore la négation de toute pensée.

Ce grand débat procède en réalité de la pensée magique que, nous français, aimons tant sortir de notre chapeau devant les difficultés. Elle consiste à croire à la toute-puissance des mots sur la réalité.

La crise sans précédent que traverse aujourd’hui notre pays est sans doute liée au déclin de nos élites, phénomène qui touche spécifiquement notre pays et qui explique précisément le discrédit des corps intermédiaires. La souffrance exprimée les gilets jaunes est bien réelle et leurs revendications légitimes. Et elle ne trouve dans le paysage politique aucune force capable de les porter. Notre personnel politique est à la fois pléthorique et inefficace.  La France est encore le premier pays européen en matière de dépenses de fonctionnement.

Dès le lendemain de la clôture du grand débat citoyen, l’acte 18 des gilets jaunes faisait redoubler la violence dans la capitale. Et déjà les multiples apparitions dans ce débat d’Emmanuel Macron font figures de pantomimes. On est tenté de mettre en perspective l’irréalisme de notre président avec l’échange fameux du duc de la Rochefoucauld-Liancourt et Louis XVI « C’est une révolte ? Non Sire c’est une révolution ».

Laurent Vercoustre

4 Commentaires

  1. Excellente analyse de notre « démocratie». Et de la nouvelle société que Macron avait promise.
    Le plus triste est que la liste LREM arrive en tête dans les sondage. Donc pourquoi pas continuer à se moquer du peuple français.
    Par contre, inoxydable, je crois et je suis même sûr que Laurent Vercoustre connaît très bien le sujet sur les migrants.

  2.  » Je ne toucherai pas à la retraite ! » candidat macron dixit… Les promesses n’ engagent que ceux qui y croient. Et tout le reste est à l’avenant. On ferait un économie de 30 milliards d’€ en remontant celle ci à 65 ans selon les éditorialis lèche bottes … Mais rien qu’en supprimant le CICE qui n’a permis aucune création d’emploi ches les jeunes sensés payer la retraite , rien qu’en le supprimant – je ne parle même pas de rembourser- il représente à lui seul 20 Milliards d’éco,oùies, l’iSF 4 Millairds etc…
    Les Gilets Jaunes ? Dans sa tournée de théâtre … pardon, de concertation, pas une seule discussion avec eux. Leurs revendications ? Après une poudre aux yeux ( baisse des carburants par ex. etc.) ça remonte. Ah, il a reçu les philosophes ces jours ci, eux savent de quoi le peuple souffre, ils transpirent au boulot tous les jours, tout le monde sait cela , ils sont intelligents, les autres non…
    On nous bassine tous les jours avec les dégradations commises par les G.J, ex Le Fouquets , mais quand on regarde le fil Facebook des G.J cet incendie à été filmé et ce sont bien les grenades lacrymogènes tirés sur la toile de la devanture qui à mis le feu n’en déplaise aux redites des BFM TV et autres.
    En dehors de ça; quand un Sinistre de l’intérieur qui jouait au poker dans sa jeunesse avec de redoutables voyous, il joue toujours au poker mais avec les citoyens qu’il prend pour des voyous et les traite comme tel, regrettant même selon moi, qu’il ne terminent à la morgue … comme certains de ses ex. partenaires. et au niveau instructions, voyez ceci : Médiapart.
    Des policiers témoignent: «On est obligé d’accepter des instructions illégales»
     » En choisissant de devenir policier, Sylvain* espérait « rendre justice, un rêve d’enfant », ironise-t-il, sans savoir s’il va désormais continuer dans cette voie. « Je n’ai pas envie d’être utilisé comme un outil par le gouvernement pour servir une politique qui va à l’encontre des libertés fondamentales, en particulier celle de manifester. »
    Il n’est pas le seul à avoir refusé d’appliquer ces directives. Faute d’être entendu par ses supérieurs, Thomas*, 34 ans, a dû s’arrêter pour épuisement professionnel, ne supportant plus d’« enfreindre la loi, alors qu[’il est] là pour la faire respecter ».
    Selon lui, sur des « sujets sensibles » comme les gilets jaunes, « le judiciaire est devenu la boîte à outils du politique. Si on refuse d’obéir, en tant qu’OPJ, on est le fusible qui saute pour faute lourde. Du coup, on est obligé d’accepter des instructions illégales jusqu’au burn out ou à la dépression ».
    Bon , il y a tellement à dire…J’arrête là
    La révolution ? Je n’y crois pas, je crois au vote aux urnes…

    En dehors de ça, votre analyse est comme toujours excellente. Je mets une petite réserve pour les « migrants ». Je connais assez bien ce sujet et vous en parlerai un jour.

  3. pour que la société change, il faut changer de paradigme, tout déconstruire et reconstruire sur un objectif : la planète terre au centre et l’individu en périphérie, le contraire d’aujourd’hui et ça passera malheureusement par une révolution, il y a tant à perdre pour chacun d’entre nous

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